L’État c’est moi : Quand l’État devient état intérieur

Christian Vanhenten - 25/07/2025

“L’État, c’est moi !”

Permettez-moi de la détourner cette phrase de Louis XIV.

Non pas dans sa dimension autocratique, mais dans son potentiel d’autonomie personnelle. Car si nous devions identifier un territoire sur lequel nous pouvons réellement exercer notre souveraineté, ce serait bien celui de notre état intérieur.

En ces temps troublés, beaucoup d’entre nous ressentent une forme d’impuissance face aux événements mondiaux. Cette sensation d’être ballotté par les vents de l’actualité, de voir notre humeur fluctuer au gré des dernières nouvelles.

L’autre jour, un ami me confiait : “Je n’arrive plus à consulter les informations sans ressentir une forme d’accablement.” Je le comprends parfaitement. Il m’arrive certains matins d’ouvrir mon téléphone en me demandant quelle nouvelle épreuve va venir assombrir ma journée.

Mais devons-nous accepter cette dépendance émotionnelle aux turbulences du monde ?

Le piège de la météo émotionnelle mondiale

Observons ce mécanisme : vous vous réveillez serein. Le sommeil a été réparateur, l’atmosphère matinale est douce, vous ressentez cette paix particulière du petit matin.

Puis vous consultez l’actualité.

Instantanément, votre état se transforme. Vous voilà devenu le réceptacle involontaire de toutes les anxiétés planétaires.

Cette réactivité, bien qu’humainement compréhensible, pose question. Pourquoi laissons-nous l’état du monde déterminer si précisément notre état d’âme ? Comme si nous étions des baromètres humains, condamnés à refléter la pression atmosphérique collective.

Je ne prône pas l’indifférence – être touché par ce qui nous entoure témoigne de notre humanité. Mais être à la merci émotionnelle de chaque soubresaut médiatique… quelle en est la véritable utilité ?

Il y a quelques mois, j’ai expérimenté une semaine sans consultation matinale des informations. Simple curiosité intellectuelle. Le résultat m’a surpris : mes journées débutaient avec une qualité d’attention différente. Plus présente. Mes défis personnels demeuraient, mais je les abordais avec une énergie moins dispersée.

Révélateur, non ?

Reprendre les commandes de sa gouvernance intérieure

Si nous poursuivons l’analogie avec Louis XIV et son royaume… de quoi suis-je réellement le souverain ?

De mes pensées … en partie.

“Gouverner” serait prétentieux – disons plutôt que j’exerce une certaine influence sur leur orientation. Pas un contrôle absolu, loin s’en faut. Parfois mes réflexes mentaux échappent à toute logique, comme des conseillers récalcitrants.

De mes réactions … davantage.

L’espace entre un stimulus externe et ma réponse émotionnelle constitue ma véritable marge de manœuvre. Ténu parfois, mais réel.

De mes choix, surtout. Ce que je lis, les personnes que je fréquente, la manière dont j’occupe mes soirées : voilà ma politique intérieure concrète.

Mon cabinet ministériel quelque peu dysfonctionnel

Poursuivons cette métaphore gouvernementale. Si je préside à ma propre existence, qui compose mon équipe dirigeante ?

Le Ministre de l’Information

Actuellement en situation de surmenage chronique. Il accepte tous les flux sans discrimination : notifications incessantes, alertes médiatiques, contenus anxiogènes consommés de manière compulsive. Ce ministère nécessite une réorganisation urgente, avec des protocoles de filtrage plus stricts.

La Ministre de la Défense

Personnalité plutôt méfiante, elle déclenche l’état d’urgence dès qu’une émotion désagréable se manifeste. Ses stratégies de protection : consommation excessive de divertissements, achats impulsifs, évitement systématique. Efficacité discutable sur le long terme.

Le Ministre des Affaires Étrangères

Chargé des relations avec l’extérieur, il oscille entre deux extrêmes. Parfois il m’inspire des actions constructives au service de causes importantes. D’autres fois, il cultive une culpabilité paralysante face à l’ampleur des problèmes mondiaux.

La Ministre de la Culture

Sans doute la plus compétente de l’équipe. Elle m’oriente vers des lectures enrichissantes, des musiques nourrissantes, des rencontres stimulantes. Malheureusement souvent en arrêt maladie…

Mes réformes du dimanche

Concrètement, comment exercer une présidence plus éclairée de sa propre existence ?

Réforme n°1 : Sanctuarisation matinale

Suspension de toute consultation d’actualités avant une heure définie. Mon esprit mérite un réveil progressif, sans agression informationnelle immédiate.

Réforme n°2 : La doctrine des vingt minutes

Lorsqu’une information me bouleverse, je m’accorde un temps limité pour accueillir pleinement l’émotion. Après cette période, transition vers l’action constructive ou l’acceptation. Plus de rumination nocturne stérile.

Réforme n°3 : Audit périodique des influences

Évaluation mensuelle de mon écosystème relationnel et informationnel. Quelles personnes nourrissent mon équilibre ? Quels médias m’informent sans me déstabiliser ? Quelles activités régénèrent véritablement mon énergie ?

J’applique ces réformes avec une constance relative. Parfois l’exécution est exemplaire, parfois je succombe à mes anciennes habitudes de consommation compulsive d’actualités. Mais la direction reste claire.

L’effet de rayonnement (ou l’argument contre l’égoïsme)

On pourrait objecter : “N’est-ce pas une forme d’égocentrisme que de se concentrer sur son équilibre personnel pendant que le monde traverse des crises majeures ?”

Laissez-moi vous rapporter une expérience composite, que j’appellerai “Sophie” pour simplifier, mais qui synthétise plusieurs témoignages recueillis dans mon entourage. Sophie traversait une période d’hypervigilance anxieuse face à l’actualité. Insomnie, irritabilité, incapacité à être présente avec ses proches. Elle voulait porter le monde sur ses épaules mais n’arrivait plus à offrir un moment de sérénité à sa propre famille.

Le jour où elle a décidé de retrouver une forme de stabilité émotionnelle – non pas l’indifférence, mais l’équilibre – elle a retrouvé l’énergie nécessaire aux actions concrètes. Engagement associatif, modifications de ses habitudes de consommation, mobilisation de son entourage pour des projets écologiques.

Cultiver sa stabilité intérieure n’est pas de l’égoïsme. C’est une condition préalable à l’efficacité.

Ma constitution personnelle (version amendable)

Article premier : J’ai le droit de ne pas endosser la responsabilité émotionnelle de tous les maux du monde.

Article 2 : Je peux être touché par les événements extérieurs sans en être déstabilisé durablement.

Article 3 : Mon indignation trouve sa valeur dans sa transformation en action plutôt qu’en rumination.

Article 4 : Protéger ma paix intérieure constitue un devoir envers moi-même et mon entourage.

Article 5 : Un accompagnant apaisé sera toujours plus efficace qu’un accompagnant anxieux.

Ces principes demeurent simples. Leur application, moins évidente.

Pour conclure : L’État, c’est nous

Nous sommes interdépendants. Mon équilibre psychique influence celui de mes proches, qui à son tour rayonne sur leur entourage. Si j’aspire à contribuer positivement au monde, autant commencer par stabiliser la portion de réalité sur laquelle j’ai une influence réelle : mon état intérieur.

Cette idée n’a rien de révolutionnaire. Elle traverse les philosophies depuis des siècles. Pourtant, nous l’oublions régulièrement, happés par l’urgence du quotidien et l’intensité médiatique.

L’État, c’est moi. Dans sa version constructive. Celle où j’assume mes responsabilités sans m’approprier celles d’autrui. Où je cultive ce qui relève de mon influence pour mieux servir ce qui nous dépasse tous.

L’État, c’est vous. À vous de jouer.

Note pratique : Si cette approche vous interpelle, considérez la tenue d’un journal de votre “gouvernance personnelle”. Notez vos réussites, vos difficultés, vos apprentissages progressifs. Cette documentation révèle souvent des patterns instructifs et maintient la conscience de vos propres mécanismes.

Lisez aussi l’article qui fait suite à mon propos: L’art du souverain éclairé: défendre son royaume intérieur dans la tempête informationnelle

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