Alejandro Jodorowsky dit : “Soyez constant, ne sautez pas d’une chose à l’autre. Au lieu de 10 pas sur 10 chemins différents, prenez 100 pas dans la même direction.”
J’ai appliqué ce conseil pendant des années. J’ai créé AïkiCom – une méthodologie de résolution de conflit issue de l’Aïkido et de la PNL. Je me suis concentré. J’ai avancé. 100 pas dans cette direction.
Et je me suis perdu.
Le piège de la destination
Le conseil de Jodorowsky met l’accent sur la destination. Choisissez votre cible, marchez vers elle, ne vous distrayez pas.
C’est devenu le mantra du développement personnel moderne : focus, discipline, efficacité. Mesurez vos progrès. Suivez vos KPI. Optimisez votre productivité.
Le problème n’est pas d’avoir un objectif. Le problème, c’est qu’à force de regarder vers l’avant, on en oublie d’être au présent.
Et être présent, c’est être en contact avec sa source. Ce que je suis. Ce que je sens. Maintenant.
Quand le présent devient abnégation
On connaît tous ces gens qui avancent à toute vitesse dans leur projet professionnel et délaissent la dimension de couple, ou familiale, ou leur bien-être physique.
Ils ont un objectif clair. Ils sont focalisés. Ils font leurs 100 pas dans la bonne direction.
Mais le présent s’est transformé en abnégation. Un sacrifice pour un projet futur. Le “moi” d’aujourd’hui s’efface au profit du “moi” qui réussira demain.
Abnégation, c’est s’oublier.
On peut regarder vers l’avant, bien sûr. Mais pas au prix de se perdre. Pas en transformant chaque instant en simple carburant pour une destination lointaine.
Retour à la source
Il y a quelques semaines, j’ai eu une prise de conscience. Un peu comme Steve Jobs qui raconte dans son discours à Stanford comment il a relié les points en se retournant sur sa vie.
J’ai regardé en arrière : 50 ans d’Aïkido, ma formation d’ingénieur et d’informaticien analyste, 25 ans de PNL, ma formation d’ingénieur, AïkiCom, l’Atelier PNL, la Matrice de l’Expérience, la gestion des connaissances avec Obsidian (PKM)…
Rien de tout ça n’était “aligné” au sens classique. Des chemins différents. Des domaines variés.
Mais tout partait du même endroit.
La modélisation. Comprendre la structure de l’expérience humaine. C’est ça, ma source. Ce point focal d’où tout a jailli naturellement, sans que je l’aie planifié.
AïkiCom n’était pas ma destination. C’était une des fleurs qui poussaient de cette source.
La métaphore du bouquet
Un bouquet de fleurs n’est pas disposé en ligne droite.
Les tiges partent dans toutes les directions. Certaines montent, d’autres s’inclinent, quelques-unes s’échappent sur le côté. Aucune n’est “alignée” avec les autres.
Pourtant, le bouquet a une cohérence magnifique.
Pourquoi ? Parce que toutes les tiges prennent leur source au même endroit. Le centre. Le cœur. Le point d’où tout jaillit.
Ce n’est pas la destination qui crée la cohérence. C’est la source.
Source vs destination
L’alignement demande : “Où vas-tu ?” Le bouquet demande : “D’où viens-tu ?”
L’alignement dit : “Fais 100 pas vers ton objectif.” Le bouquet dit : “Reste connecté à ta source, et vois ce qui en pousse.”
L’alignement regarde devant, vers une cible future. Le bouquet regarde en dedans, vers un centre présent.
L’alignement met l’accent sur la destination. Le bouquet invite à rester conscient du chemin.
La conscience du chemin
Être connecté à sa source, ce n’est pas renoncer à un projet. C’est avancer avec conscience.
On peut avoir une direction. Mais sans s’oublier en route. Sans transformer le présent en pur sacrifice.
Connecté à ma source – la modélisation – je peux développer AïkiCom ET la Matrice de l’Expérience ET enseigner l’Aïkido ET créer du contenu pour l’Atelier PNL.
Ces chemins multiples ne me dispersent pas. Ils m’épanouissent.
Parce qu’ils ne viennent pas d’une stratégie de diversification. Ils jaillissent du même sol fertile.
La joie de s’épanouir
Et c’est exactement ce qu’apporte la métaphore du bouquet : la permission de s’épanouir.
Il y a un plaisir immense à progresser de 10 pas dans plusieurs directions tant qu’on est connecté à sa source. Ce n’est pas de la dispersion. C’est de la vitalité.
L’alignement promet l’efficacité. Le bouquet offre la joie.
L’un dit : “Sacrifie tout pour un but.” L’autre dit : “Laisse s’exprimer la richesse de ce qui est vivant en toi.”
Plusieurs fleurs, une source
Quand vous êtes connecté à votre source, vous pouvez créer plusieurs choses qui semblent différentes, sans vous perdre.
L’ingénieur, l’aïkidoka, le formateur PNL, le créateur d’AïkiCom – ce ne sont pas des carrières que j’ai essayé d’aligner. Ce sont des expressions naturelles de la même source.
Des fleurs différentes. Même bouquet.
Si j’avais suivi le conseil classique de faire “100 pas dans une seule direction”, j’aurais dû en abandonner plusieurs. Me concentrer sur l’Aïkido OU la PNL OU l’AïkiCom.
Mais ça aurait été couper des fleurs vivantes pour garder une seule fleur bien droite.
Reconnaître sa source
La source, ce n’est pas un objectif de carrière. Ce n’est pas une niche de marché. Ce n’est pas un plan quinquennal.
C’est une fascination récurrente. Quelque chose qui revient encore et encore sous des formes différentes. Un point focal que vous découvrez en vous retournant, pas en planifiant.
Pour moi, c’est la modélisation. Pour vous, ce sera autre chose.
Mais la question n’est pas “Qu’est-ce que je devrais faire ?” C’est “Qu’est-ce qui pousse naturellement en moi ?”
Retournez-vous. Regardez ce qui a jailli de vous, encore et encore, même quand ce n’était pas rationnel, pas rentable, pas “aligné”.
C’est là que se trouve votre source.
De consommateur à créateur
On vous dira : “Voici LA méthode. Suivez ces étapes. 100 pas dans cette direction.”
Vous lirez dans les manuels de productivité personnelle qu’il faut choisir UN objectif, UN système, UNE voie – et éliminer tout le reste comme des distractions nuisibles.
Mais une méthode venue de l’extérieur, ce n’est qu’une fleur cueillie dans le jardin de quelqu’un d’autre.
Votre travail n’est pas de vous aligner sur le chemin d’un autre. C’est de retrouver votre propre source. De là jailliront vos propres créations – peut-être multiples, peut-être surprenantes, mais organiquement cohérentes parce qu’elles viennent du même sol.
C’est d’ailleurs tout le sens de mon projet “PNL 2.0” : cesser de former des consommateurs de modèles pour reconnecter les praticiens à l’art de modéliser. Revenir à la source.
Alors, que faire ?
Si vous vous sentez dispersé, en papillonnage permanent, sans ancrage – alors oui, creusez. Choisissez une direction et allez profond. Peut-être que ces 100 pas vous rapprocheront de votre centre.
Mais si vous explorez plusieurs voies qui vous nourrissent vraiment, qui reviennent encore et encore malgré vos tentatives de “focus” – alors peut-être que vous n’êtes pas dispersé.
Peut-être que vous avez simplement plusieurs fleurs qui poussent de la même source.
Et dans ce cas, l’alignement forcé vous appauvrirait.
La vraie question n’est pas “Combien de chemins ?” C’est “Suis-je connecté à ma source ?”
Être présent. Sentir d’où vient ce qui pousse en vous. Avancer avec conscience, pas avec abnégation.
C’est là que se trouve votre bouquet.
Les fleurs attirent l’œil et donnent la beauté. Mais c’est la source qui donne la vie.
Les fleurs de mon bouquet: https://vanhenten.be, https://atelierpnl.eu, https://aikicom.eu








