Le débat autour des “styles d’apprentissage” fait rage dans le monde éducatif. D’un côté, les neuroscientifiques dénoncent un “neuromythe” dangereux. De l’autre, des millions d’enseignants et formateurs témoignent de leur efficacité pratique. En tant que PNListes, comment naviguer dans cette controverse ? La réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît.
Le problème du raccourci VAK
Quand la plupart des critiques parlent de “styles d’apprentissage”, ils visent principalement le modèle VAK-R de Fleming et Mills (1992). Ce modèle, inspiré de la PNL, propose que chaque individu mémoriserait de façon privilégiée par un canal : Visuel, Auditif ou Kinesthésique.
Le problème ? Les neurosciences ont effectivement démontré que nous ne mémorisons pas de façon purement visuelle, auditive ou kinesthésique. Comme l’explique Alain Lieury, spécialiste français de la mémorisation : “C’est le cerveau qui voit, pas l’œil. L’œil est plutôt un récepteur. C’est le cerveau qui construit l’image.”
Cette critique est fondée. Le modèle VAK-R présente une vision simpliste du fonctionnement cérébral qui ne résiste pas aux découvertes en neurosciences.
Le biais de représentativité
Mais voici où le bât blesse : critiquer un modèle ne signifie pas invalider tous les autres. Il existe plus de 70 modèles différents de profils d’apprentissage ! Réduire cette diversité au seul VAK-R, c’est commettre ce que les psychologues appellent un “biais de représentativité” – juger de toute une catégorie à partir d’un seul exemple.
Les styles d’apprentissage en PNL : une approche différente
En PNL, nous utilisons les canaux sensoriels (VAK) dans un esprit très différent du modèle de Fleming-Mills :
1. Flexibilité plutôt qu’étiquetage
Nous ne cherchons pas à enfermer quelqu’un dans une “case visuelle” définitive. Nous observons ses préférences momentanées pour mieux nous adapter et l’accompagner vers plus de flexibilité.
2. Compréhension plutôt que mémorisation
Les canaux sensoriels nous renseignent sur la façon dont la personne traite l’information pour la comprendre, pas pour la mémoriser. C’est une distinction cruciale.
3. Calibration et rapport
Identifier le canal préférentiel nous permet d’établir un meilleur rapport et de calibrer notre communication pour être plus efficaces.
4. Enrichissement de l’expérience
Notre objectif est d’utiliser tous les canaux pour enrichir l’expérience d’apprentissage, pas de limiter à un seul.
Des modèles plus sophistiqués
Prenons l’exemple du modèle 4MAT de Bernice McCarthy, inspiré des travaux de Kolb et intégré aux formations PNL. Il structure l’apprentissage autour de quatre questions :
- “Pourquoi ?” (Divergeurs) – Connecter et motiver
- “Quoi ?” (Assimilateurs) – Imager et informer
- “Comment ?” (Convergeurs) – Pratiquer et étendre
- “Et si ?” (Accommodateurs) – Affiner et futuriser
Ce modèle ne prétend pas décrire le fonctionnement du cerveau, mais propose une structure pédagogique efficace qui respecte différentes approches de l’apprentissage.
L’efficacité pratique vs la validité théorique
Voici un paradoxe révélateur : quand on interroge les enseignants qui utilisent le modèle VAK critiqué par les neuroscientifiques, 90% se déclarent satisfaits ! Comment expliquer ce décalage ?
En PNL, nous privilégions l’utilité plutôt que la vérité absolue. Un modèle peut être “faux” théoriquement mais utile pratiquement s’il permet :
- De diversifier les approches pédagogiques
- D’individualiser l’accompagnement
- De donner des clés de compréhension à l’apprenant
- De sortir du schéma “je suis nul(le)”
Une question d’outils, pas de vérité
Les profils d’apprentissage sont des outils. La question pertinente n’est pas “sont-ils scientifiquement exacts ?” mais “permettent-ils d’atteindre l’objectif fixé ?”.
Comme le souligne justement Jean-François Michel, auteur des “7 profils d’apprentissage” : “Vouloir chercher la preuve scientifique sur un outil, c’est comme rechercher des études scientifiques sur le fait de savoir si une voiture roule vraiment ?”
Recommandations pour les praticiens PNL
1. Distinguons les modèles
Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Le VAK-R n’est qu’un modèle parmi 70+. Explorons les autres approches.
2. Privilégions la flexibilité
Utilisons les profils comme point de départ pour développer plus de flexibilité, pas pour enfermer dans des catégories.
3. Restons pragmatiques
Évaluons l’utilité de nos outils par leurs résultats concrets, pas seulement par leur validation théorique.
4. Enrichissons notre boîte à outils
Combinons différents modèles (4MAT, intelligences multiples, gestion mentale…) selon les besoins.
Conclusion
La controverse autour des styles d’apprentissage révèle un enjeu plus large : comment concilier rigueur scientifique et efficacité pratique ? En PNL, nous avons appris que la carte n’est pas le territoire. Les modèles d’apprentissage sont des cartes utiles, pas des descriptions exhaustives du territoire neurologique.
L’important n’est pas de savoir si notre modèle décrit parfaitement la réalité du cerveau, mais s’il nous aide à mieux accompagner nos clients vers leurs objectifs. Et sur ce point, de nombreux témoignages de terrain suggèrent que, utilisés avec discernement, les profils d’apprentissage gardent toute leur pertinence.
La nuance, encore et toujours, reste notre meilleure alliée.
Sources : Article de Jean-François Michel “Les profils d’apprentissage (visuel, auditif, kinesthésique) neuromythe ?” et travaux sur la modélisation en PNL








