Les mêmes questions qu’il y a 30 ans

Christian Vanhenten - 15/04/2026

Raison de plus d’aller de l’avant

En février 1994, un certain L. Jay Mitchell publiait dans Anchor Point — un magazine spécialisé PNL aujourd’hui disparu — un article intitulé Questions of Map and Territory. Mitchell n’était ni formateur, ni théoricien. C’était un avocat, un praticien certifié Maître Praticien, et surtout un consommateur exigeant de formations PNL. Il avait investi personnellement et financé la participation de ses employés à 38 séminaires. Il avait bâti un programme thérapeutique pour adolescents en difficulté, fondé sur les présuppositions de la PNL.
Et il avait des questions. Des questions dérangeantes, formulées avec le respect d’un praticien engagé mais la lucidité d’un homme qui refuse de se laisser endormir.
Ces questions, personne ne les a vraiment entendues. Trente ans plus tard, elles sont toujours là.

Intactes.
Sans réponse jusqu’à ce que nous lancions le projet PNL 2.0

À l’Atelier PNL, nous avons entrepris un travail d’exploration dans l’histoire de la PNL par la relecture de la revue Anchor Point. Nous vous proposons de retrouver, traduire et partager les meilleurs articles publiés dans cette revue aujourd’hui disparue mais qui fut une véritable référence durant les années d’or de la PNL. Parce que pour construire l’avenir de la PNL, il faut d’abord comprendre d’où elle vient — et surtout, regarder en face les questions qu’elle a esquivées en chemin.

Ce fut une surprise de découvrir l’article de Mitchell. Et une déception de constater que peu de choses ont changé en 30 ans.

Envie de participer à cette aventure ? L'Atelier PNL est une communauté de praticiens engagés dans l'intelligence collective, la pratique entre pairs et l'innovation partagée. Pour le prix d'un café par mois. Rejoindre l'Atelier PNL →

La PNL progresse-t-elle vraiment ?

C’est la première question que pose Mitchell, et elle fait mal. Il observe que la plupart des « avancées » présentées en PNL consistent à recombiner les mêmes outils fondamentaux — sous-modalités, ancrage, méta-modèle, accès oculaires, lignes du temps — dans de nouveaux emballages.
Il cite d’ailleurs le travail des Andreas dans Heart of the Mind comme une illustration de cette capacité à trouver des usages créatifs aux mêmes briques de base. Mais il pose la question frontalement : au-delà du repackaging, y a-t-il eu de véritables percées ?

Nous sommes en 1994 quand Mitchell écrit cela. Nous sommes en 2026 au moment où vous lisez ces lignes. Et la question se pose toujours. Quels nouveaux modèles ont fondamentalement changé notre compréhension de l’expérience humaine ?
La réponse honnête, c’est que les innovations majeures se comptent sur les doigts d’une main. Les méta-états de Michael Hall, le New Code de Grinder et DeLozier, quelques avancées de Dilts sur les niveaux logiques et les croyances. Mais pour l’essentiel, la PNL enseigne en 2026 sensiblement les mêmes protocoles qu’en 1994.

Ce constat n’est pas un reproche adressé aux fondateurs. C’est un constat adressé à nous tous. La PNL avait, à ses origines, un élan créatif extraordinaire. Bandler et Grinder inventaient à une vitesse folle, modélisaient des thérapeutes d’exception, créaient des outils qui n’existaient nulle part ailleurs. Cet élan s’est essoufflé. Et la question de Mitchell nous oblige à le reconnaître.

C’est exactement le point de départ du projet PNL 2.0 : la PNL est restée largement figée dans ses modèles des années 1980. Le monde a changé. Les neurosciences ont progressé. Les défis contemporains — cognition numérique, attention fragmentée, neuroatypie, transformations sociétales — appellent de nouvelles réponses. Il est temps que la PNL retrouve son élan créatif d’origine.

Qui décide de quoi dans la PNL ?

Si certains développeurs, qui ont développé des modèles particuliers ou des visions particulières, ont protégé des petits “segments” de PNL. Mais la PNL elle-même est tombée dans le domaine public. Les tentatives de Richard Bandler pour en protéger la marque se sont soldées par un échec.
Quasi n’importe qui peut se revendiquer de la PNL, enseigner sous son label, y ajouter ce qu’il veut ou en retirer ce qui le dérange.

Cette situation a deux faces. D’un côté, une dérégulation évidente : chaque formateur est libre de définir ce qu’il enseigne, comment il l’enseigne, et sur quels critères il certifie les praticiens qu’il forme. Des associations ont certes tenté de définir un cadre — et c’est souhaitable. Mais ce cadre n’a rien d’obligatoire. Rien n’empêche un formateur de certifier en dehors de toute association, selon ses propres standards.

De l’autre côté, cette même ouverture est une opportunité formidable. Un domaine public, c’est un terrain de jeu libre pour la créativité, l’expérimentation, l’innovation. Pas besoin de demander la permission pour créer un nouveau modèle, tester une nouvelle approche, croiser la PNL avec d’autres disciplines. Le problème, c’est que nous n’avons pas assez profité de cette liberté. Au lieu de l’utiliser pour faire avancer la discipline, nous l’avons surtout laissée produire de la fragmentation.

Quant aux associations qui se sont arrogé le droit de certifier les enseignants certifiants, leur rôle est utile — il faut des repères, des standards minimaux, un cadre. Mais force est de constater qu’elles se sont peut-être trop limitées à cet aspect de la certification. Elles ont défini qui pouvait enseigner quoi, à quel niveau, selon quel programme. Elles ont beaucoup trop peu investi dans ce qui compte au moins autant : stimuler l’évolution de la discipline, accompagner l’innovation, encourager la recherche et la création de nouveaux modèles. Certifier le passé, c’est nécessaire. Construire l’avenir, c’est indispensable.

C’est là qu’intervient une logique différente — une logique 2.0. Le groupe R&D PNL 2.0 s’inspire du modèle de l’informatique open source : un praticien publie son innovation — protocole, concept, outil, modèle. La communauté teste, critique, enrichit. L’auteur affine selon les retours. Les meilleures innovations sont validées collectivement. La validation vient du processus, pas d’une autorité centrale. La connaissance reste un bien commun.
Ce n’est pas un institut de certification. Ce n’est pas une école de formation. C’est un laboratoire. Et c’est exactement ce dont la PNL a besoin pour transformer cette liberté du domaine public en élan créatif plutôt qu’en dispersion.

L'Atelier PNL en chiffres
98 articles +5 ce mois
116 ateliers +1 ce mois
75 replays accessibles aux membres
337 échanges +7 ce mois
7 cours 28 leçons

Où sont nos modèles d’excellence ?

Terrible de constater que Mitchell pose 1994 la même question que je pose aux enseignants et praticiens PNL: si la modélisation est au cœur de la PNL — si c’est littéralement ce qui l’a fait naître — alors où sont les résultats ? Mitchell demande: Peut-on demander aux formateurs des exemples concrets de ce que la modélisation a produit ?

La question est d’autant plus pertinente qu’elle touche à l’identité même de la PNL. Sans modélisation, la PNL n’est qu’une boîte à outils thérapeutique parmi d’autres. C’est la modélisation qui lui donne sa nature de méta-approche : elle ne s’intéresse pas à un contenu spécifique de changement, mais à la structure même de l’expérience humaine. Comment percevons-nous ? Comment apprenons-nous ? Comment les experts font-ils ce qu’ils font ?

Or cette pratique de modélisation s’est progressivement raréfiée. On enseigne encore les protocoles qui en sont issus — le méta-modèle né de la modélisation de Satir, Perls et Erickson, les patterns linguistiques du Milton Model. Mais qui modélise encore activement aujourd’hui ? Qui sont les génies de notre époque, et que pourrions-nous apprendre en étudiant la structure de leur excellence ?

C’est un des axes de recherche du groupe R&D PNL 2.0 : la modélisation contemporaine. Pas comme un hommage au passé, mais comme un retour aux sources de ce qui rend la PNL unique.-

Le groupe R&D PNL 2.0 est ouvert. Vous avez un modèle, un protocole, une idée qui mérite d'être testée ? Participez à la validation collective des innovations en PNL. Découvrir le laboratoire R&D →

La carte, le territoire, et le piège du relativisme

Mitchell consacre une partie substantielle de son article à interroger la présupposition la plus fondamentale de la PNL : « la carte n’est pas le territoire ». Et son analyse mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle pointe un problème que nous vivons encore au quotidien.

À l’origine, cette présupposition est un outil épistémologique d’une grande puissance. Elle nous rappelle que notre perception est un filtre, que notre représentation du monde n’est pas le monde, et qu’en conséquence il est sage de rester humble face à nos certitudes. C’est un outil d’ouverture. De curiosité. De questionnement.

Mais cette même idée, poussée dans une certaine direction, a produit des effets que personne n’avait anticipés.

Le premier, c’est une forme de confort intellectuel. Si ma carte est subjective et que la tienne l’est aussi, alors pourquoi m’intéresser vraiment à la tienne ? Pourquoi remettre en question la mienne ? On aboutit à un relativisme où chacun s’installe dans sa vision du monde, parfaitement protégé par l’argument que « toutes les cartes se valent ». C’est exactement l’inverse de ce que la présupposition devait produire. Au lieu d’ouvrir à l’exploration de la carte de l’autre, elle devient un rempart derrière lequel on se retranche dans la sienne.

Le deuxième effet, c’est un sentiment de toute-puissance. Si la carte est tout ce qui compte, alors il suffit de changer sa carte pour changer sa vie. Il suffit de « reprogrammer » ses croyances, de « visualiser » son succès, de « décider » d’une nouvelle réalité. Mitchell le voyait déjà en 1994 : cette logique mène à une position où l’on se fait, selon ses mots, son propre dieu en contrôlant sa carte. C’est exactement le terreau sur lequel ont poussé toutes les dérives de la pensée positive, de la loi de l’attraction, du manifesting — des courants qui se sont souvent greffés sur la PNL et qui ont considérablement nui à sa crédibilité.

Ces deux dérives ont un point commun : elles oublient le territoire. Elles transforment un outil d’humilité épistémologique en permission de nier le réel.

Alors, que faire de cette présupposition ?

Certainement pas l’abandonner. Elle reste fondamentale. Mais la recentrer sur ce qu’elle a de constructif.

« La carte n’est pas le territoire » est avant tout une invitation à construire de meilleures cartes. Si notre représentation du monde est un modèle imparfait, alors nous pouvons le questionner, le tester, l’enrichir, le reconstruire. C’est un appel à la modélisation, à l’expérimentation, à la curiosité active. Pas à la complaisance.

C’est dans cet esprit que le projet PNL 2.0 aborde les présuppositions de la PNL : comme des hypothèses de travail, pas comme des dogmes. Nos modèles peuvent ne pas être vérifiés par la science. Ils peuvent être imparfaits, provisoires, discutables. Et ils n’ont ni à être vrais, ni même à être exacts. Bandler le disait avec sa provocation habituelle : il préférait un mensonge utile à une vérité inutile. Ce qui compte, ce n’est pas que le modèle soit juste. C’est qu’il soit utile. Et la seule manière de savoir s’il est utile, c’est de le reconnecter à la réalité par l’expérimentation — le mettre à l’épreuve du terrain, le tester avec de vraies personnes, documenter ce qui marche et ce qui ne marche pas, et avoir l’honnêteté de réviser quand les résultats ne sont pas là.

Le modèle est une carte. L’expérimentation est ce qui nous empêche d’oublier le territoire.

C’est ce qui distingue une discipline vivante d’un système de croyances.

Le certificat qui ne garantit rien

Mitchell fait un constat qui reste d’actualité : un certificat de Praticien PNL ne qualifie personne pour être thérapeute, coach, manager ou enseignant. Il atteste d’une compétence dans la technologie PNL. Point.

Mais depuis 1994, le paysage a changé. Le marché du coaching a explosé. Des dizaines de méthodologies d’accompagnement se sont développées, chacune avec ses certifications et ses labels.

Dans ce contexte, positionner la formation PNL n’est pas simple. Car la PNL ne forme ni des coachs, ni des thérapeutes. Elle transmet un paradigme : travailler sur la structure de l’expérience humaine. C’est une méta-pratique bien plus qu’une pratique en tant que telle. Elle ne dit pas quoi faire avec un client — elle donne les moyens de comprendre comment fonctionne l’expérience de ce client.

Sous la pression du marché, les formations certifiantes sont sans doute devenues un peu trop scolaires. On y a probablement perdu un peu de la magie des débuts, cette sensation de découvrir un monde totalement nouveau quand on comprend pour la première fois ce que signifie « travailler sur la structure ».

C’est un effet normal de la maturation d’une discipline et sans doute le fait de son immobilisme. Mais c’est aussi une opportunité : celle de revenir à la modélisation, de rappeler que la PNL est une méta-pratique et de remettre au centre l’idée que la PNL touche à la structure de l’expérience, car c’est précisément ce qui la rend unique.

Encore faut-il ne pas s’arrêter là. Un certificat PNL, en réalité, n’est rien de plus qu’un permis de conduire. Il atteste que vous savez manœuvrer le véhicule. Mais il ne dit rien de là où vous irez, des routes que vous choisirez, ni de la manière dont vous conduirez. Le permis est un point de départ. Tout le voyage reste à faire.

Et sans voyage, le permis ne sert à rien. Sans pratique, la PNL n’aboutit à rien. La compétence ne naît pas de la certification — elle naît des heures passées à accompagner de vraies personnes avec de vrais problèmes.

C’est pourquoi notre Manifeste affirme que la certification n’est qu’un début, jamais une fin. Et c’est pourquoi l’Atelier PNL existe : pour que le voyage continue après le permis.

Trente ans, c’est assez

Relire Mitchell aujourd’hui produit un effet étrange. On pourrait remplacer « 1994 » par « 2026 » et chaque question sonnerait juste.

La PNL progresse-t-elle vraiment ? Qui valide les innovations ? La modélisation est-elle toujours au cœur de notre pratique ? Nos présuppositions sont-elles des outils ou des dogmes ?

Si la PNL n’a pas fondamentalement changé en trente ans, le monde autour d’elle, lui, s’est transformé. Les neurosciences ont progressé. Le numérique a reconfiguré notre cognition. Le marché de l’accompagnement a explosé et s’est fragmenté. Les attentes des praticiens et du public ont évolué. Et c’est précisément ce décalage entre une discipline restée figée et un monde en mouvement qui remet les questions de Mitchell au centre de nos préoccupations.

Le projet PNL 2.0 se développe dans cette nouvelle culture, à cette nouvelle époque. Il ne prétend pas réinventer la PNL. Il veut répondre à ces questions en faisant un retour à l’élan d’origine de Bandler et Grinder : la modélisation, la pratique, l’expérimentation. Il souhaite que la PNL redevienne ce qu’elle était à ses débuts: une pratique fluide, dynamique, flexible et en constante évolution, à l’image de la société dans laquelle nous vivons.

Mitchell concluait son article en écrivant que la technologie de la PNL lui avait été très utile et qu’il était préoccupé par son avenir. Nous partageons cette préoccupation.

Mais nous avons décidé de ne plus nous contenter de poser des questions.
Nous avons décidé de construire des réponses.
Ensemble.


Cet article s’inscrit dans un travail de redécouverte des archives d’Anchor Point, magazine PNL publié de 1987 à 2006. L’Atelier PNL traduit et partage les articles les plus pertinents pour nourrir la réflexion de notre communauté et alimenter le développement de la PNL 2.0.
Vous êtes praticien PNL, coach, thérapeute ou simplement curieux de ce que la PNL peut devenir ? Rejoignez l’Atelier PNL et le groupe R&D PNL 2.0. Pour le prix d’un café par mois, vous accédez à une communauté de praticiens engagés dans une démarche d’intelligence collective, de pratique entre pairs et d’innovation partagée.

💫 L’Atelier PNL : Rejoignez la communauté qui façonne la PNL de demain

Vous avez apprécié cet article ? Il fait partie d’une réflexion collective plus large menée au sein de L’Atelier PNL, notre réseau social dédié aux passionnés de PNL.

🌟 Un espace de partage, création et développement

L’Atelier PNL se veut bien plus qu’une simple communauté : c’est un véritable laboratoire d’idées où PNListes expérimentés et curieux se retrouvent pour partager, créer et développer ensemble. Grâce à notre groupe de recherche et développement, nous explorons de nouvelles voies, questionnons les pratiques établies et devenons collectivement les créateurs de la PNL du demain.

🎁 Ce qui vous attend dans l’espace membres

Pour le prix d’un café par mois, accédez à :

  • Des mini-formations exclusives sur des thèmes spécifiques (ligne de temps, métaprogrammes, etc.)
  • Un laboratoire d’expérimentation pour créer et tester vos formations devant un public bienveillant
  • Des sessions de pratique entre pairs (3 par semaine : mardi matin, mercredi midi, jeudi soir)
  • Une bibliothèque vivante : fiches d’outils, résumés de livres, traductions d’articles, replays…
  • Un espace d’échange indépendant de toute école, où chaque voix compte

💡 L’intelligence collective en action

Ici, pas d’algorithmes qui décident pour vous, pas de publicités, juste l’intelligence collective d’une communauté passionnée. Comme le dit l’adage : quand 2 personnes viennent avec une idée, les deux repartent avec deux idées.

Vous ne venez pas juste “consommer du contenu” – vous contribuez autant que vous recevez à cette aventure collective qui fait évoluer notre discipline.

👉 Découvrir L’Atelier PNL et rejoindre la communauté

Envie de faire partie de cette aventure collective et d’aider à construire la PNL de demain ?

Les mêmes questions qu’il y a 30 ans
L’Ancre Fantôme
Aborder la motivation chez les 18-22 ans
Quand une croyance devient une prison
Peut-on grandir sans se trahir ?
Quand la curiosité devient optionnelle
La Transformation Essentielle (core transformation)
Avancer dans plusieurs directions, c’est s’épanouir si on part de sa source
Suivez l'Atelier PNL sur les réseaux sociaux