La PNL est déjà régulièrement accusée d’être une pseudo-science. Inutile d’en ajouter en véhiculant les neuromythes couramment répandus, souvent invoqués pour nous vendre des formations ou du coaching, surfant sur la vague du développement personnel qui cherche à gagner en crédibilité en invoquant de prétendus arguments scientifiques.
Alors bien sûr, nous privilégions l’utilité plutôt que la vérité. Bandler préférait d’ailleurs “un mensonge efficace qu’une vérité inutile”. Mais ce n’est pas pour cela qu’on doit adopter toutes les fausses vérités assénées sur un ton scientifique. Il y a une différence fondamentale entre choisir consciemment des présuppositions utiles et gober aveuglément des pseudo-explications neurologiques.
Ces neuromythes – ces fausses croyances sur le fonctionnement du cerveau – polluent notre écosystème professionnel et alimentent les critiques légitimes contre notre discipline. Ils persistent malgré les preuves scientifiques contraires et sont particulièrement tenaces car ils s’appuient sur un vernis neuroscientifique qui les rend séduisants.
Qu’est-ce qu’un neuromythe ?
Un neuromythe(1) est une fausse croyance sur le fonctionnement du cerveau, souvent née d’une mauvaise interprétation ou d’une simplification excessive de recherches neuroscientifiques réelles. Le marketing de certaines formations en développement personnel les exploite systématiquement pour justifier des méthodes douteuses.
Les 5 neuromythes les plus répandus
1. “Nous n’utilisons que 10% de notre cerveau”
Le mythe : Il nous resterait 90% de capacités inexploitées à débloquer.
La réalité : Les techniques d’imagerie cérébrale montrent que nous utilisons la quasi-totalité de notre cerveau, même au repos. Évolutivement, il serait absurde d’avoir un organe qui consomme 20% de notre énergie pour n’utiliser que 10% de ses capacités.
Pourquoi ce mythe persiste : Il nourrit l’espoir d’un potentiel illimité et justifie la vente de méthodes miraculeuses.
2. “Nous sommes soit cerveau droit, soit cerveau gauche”
Le mythe : Les créatifs seraient “cerveau droit”, les logiques “cerveau gauche”.
La réalité : Les deux hémisphères travaillent constamment ensemble. L’imagerie cérébrale montre que les tâches créatives activent les deux côtés du cerveau.
Impact pour nous : Cette croyance peut nous limiter en nous enfermant dans des catégories restrictives.
3. “Il existe des styles d’apprentissage distincts”
Le mythe : Certains apprendraient mieux(2) par le visuel, d’autres par l’auditif ou le kinesthésique(3).
La réalité : Aucune recherche rigoureuse ne valide cette théorie. Nous avons des préférences, mais adapter l’enseignement au “style d’apprentissage” supposé n’améliore pas les résultats.
Paradoxe : En PNL, nous travaillons justement avec tous les canaux sensoriels (VAK) pour enrichir l’expérience, pas pour enfermer dans un seul mode !
4. “Les tests de QI ne mesurent que l’aptitude à passer des tests de QI”
Le mythe : Le QI serait un indicateur sans valeur prédictive réelle.
La réalité : Contrairement aux idées reçues, le QI est l’un des meilleurs prédicteurs de réussite scolaire, professionnelle et même de longévité. Cela ne signifie pas qu’il mesure toute l’intelligence, mais qu’il capture certaines capacités cognitives importantes.
5. “Le sucre rend les enfants hyperactifs”
Le mythe : Le sucre provoquerait de l’agitation chez les enfants.
La réalité : Les études contrôlées ne montrent aucun lien direct. L’agitation observée est souvent liée au contexte (fête, excitation) plutôt qu’au sucre lui-même.
Pourquoi les neuromythes persistent-ils, même chez les professionnels?
Une étude américaine fascinante (source : Frontiers in Psychology, trouvée via Ness Labs d’Anne-Laure Le Cunff PhD) révèle des chiffres surprenants :
- 68% du grand public croit aux neuromythes
- 56% des enseignants y croient encore
- 46% des personnes avec une formation poussée en neurosciences les valident toujours
Même une formation scientifique ne garantit pas l’immunité ! Plus troublant encore : plus on a de connaissances générales sur le cerveau, plus on risque de croire aux neuromythes.
Les mécanismes qui nous rendent vulnérables
1. L’attrait des explications “neuro”
Notre cerveau accorde plus de crédibilité aux explications qui mentionnent les neurosciences, même quand elles sont fantaisistes.
2. La simplification séduisante
Les neuromythes offrent des explications simples à des phénomènes complexes. C’est rassurant, mais trompeur.
3. Le biais de confirmation
Nous retenons les informations qui confirment ce que nous croyons déjà.
Implications pour notre pratique PNL
En tant que spécialistes de la modélisation, nous devons être particulièrement vigilants :
Distinguer l’efficacité de l’explication
Une technique PNL peut fonctionner excellemment sans que l’explication donnée soit scientifiquement exacte. L’efficacité pratique et la validité théorique sont deux questions distinctes.
Cultiver l’humilité épistémique
Reconnaissons que notre compréhension du cerveau évolue constamment. Restons ouverts aux découvertes qui pourraient remettre en question nos modèles.
Enrichir notre boîte à outils
Plutôt que de nous limiter aux “styles d’apprentissage”, explorons toute la richesse des canaux sensoriels et des stratégies cognitives disponibles.
Comment se prémunir des neuromythes
- Vérifier les sources : Privilégier les publications scientifiques peer-reviewed
- Se méfier des simplifications : Les phénomènes neurobiologiques sont rarement binaires
- Distinguer corrélation et causalité : Ce qui va ensemble ne s’explique pas forcément l’un par l’autre
- Garder l’esprit critique : Même (et surtout) envers nos propres croyances favorites
Conclusion
En tant que praticiens PNL, notre force réside effectivement dans notre capacité à observer, modéliser et adapter. Et pour cela, nous avons besoin d’une curiosité scientifique mais surtout et aussi d’un esprit critique. Les neuromythes nous rappellent qu’en matière d’apprentissage et de développement personnel, la complexité est souvent plus riche que les raccourcis séduisants.
La vraie magie n’est pas dans les 90% de cerveau prétendument inexploités, mais dans la plasticité neuronale qui nous permet d’apprendre et de changer tout au long de la vie. C’est cela, le véritable potentiel humain que nous accompagnons au quotidien – sans avoir besoin de neuromythes pour le justifier.
Sources : Article “Neuromyths: debunking the misconceptions about our brains” trouvé via Ness Labs d’Anne-Laure Le Cunff PhD, s’appuyant sur l’étude “Dispelling the Myth: Training in Education or Neuroscience Decreases but Does Not Eliminate Beliefs in Neuromyths” (Frontiers in Psychology, 2017).
Notes:
1: Le terme neuromythe est un néologisme apparu en 2002 dans un rapport de l’OCDE sur le cerveau « Comprendre le cerveau: vers une nouvelle science de l’apprentissage » et popularisé par « Bruno della Chiesa » linguiste et enseignant de l’Université d’Havard
2: à ce sujet lire l’article “Les styles d’apprentissage en PNL : au-delà des simplifications du VAK”
3: à écouter Jean-François MICHEL il peut être question de profil VAK pour ce qui est de la compréhension mais pas pour la mémorisation
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