La figure de Frank Pucelik est apparue ces dernières années dans le paysage de la PNL comme celle d’un troisième co-créateur longtemps oublié par l’histoire. Cette reconnaissance tardive a naturellement suscité la curiosité des praticiens et formateurs désireux d’en apprendre davantage sur sa contribution spécifique à la discipline. C’est dans ce contexte et dans le cadre des célébrations des 50 ans de la naissance de la PNL que le CFIP (Centre de Formation et d’Intervention Psychologique) de Bruxelles a organisé une masterclass en ligne de deux jours lui offrant l’opportunité de partager son expertise, particulièrement sur les addictions et la prise en charge des effets post-traumatiques.
Une première journée en décalage avec les attentes
La matinée s’est caractérisée par un témoignage personnel certes touchant, mais dont les liens avec la pratique concrète de la PNL sont restés ténus. Le métamodèle du langage a été évoqué, mais uniquement de manière générale, sans l’approfondissement qu’on serait en droit d’attendre d’un séminaire annoncé comme étant de niveau masterclass. Cette approche aurait pu convenir à un public néophyte, mais semblait inappropriée pour des participants venus chercher une expertise de haut niveau.
Étonné de ne voir personne réagir à ce qui ne pouvait échapper à une audience d’experts de la PNL, j’ai pris l’initiative d’écrire un message dans le chat du Zoom juste avant la pause de midi pour signaler que, malgré l’intérêt du témoignage de Frank, j’attendais toujours que soit abordé l’objet même du séminaire qui était annoncé comme ceci:
“Ce séminaire propose un espace pour explorer comment la Programmation Neuro-Linguistique peut aider à redonner une voix à ce qui a été tu, à ce qui fait encore mal. Grâce à des outils puissants de changement et de transformation, la PNL permet de revisiter les histoires personnelles en réactivant les ressources internes, en ouvrant de nouvelles perspectives et en libérant les schémas figés. Elle accompagne la personne dans un mouvement de reconnexion à elle-même, à son corps, à ses émotions, à sa capacité de choix. “
Des efforts d’ajustement sans résultat probant
Que ce message ait été entendu ou qu’il soit arrivé simultanément avec la prise de conscience des organisatrices, peu importe, dès le début de l’après-midi, les organisatrices ont pris sur elles de réagir et je les en remercie. Catherine n’a pas ménagé ses efforts pour tenter les échanges en canalisant les questions et en invitant Franck Pucelik à apporter des éléments plus substantiels. Le choix a été fait d’anticiper le contenu prévu pour le deuxième jour, soit la question des effets post-traumatiques. Malgré ces efforts, la masterclass n’est pas parvenue à livrer les spécificités pratiques qui auraient pu constituer une véritable valeur ajoutée pour les participants.
Les supports présentés abordaient des questions intéressantes en soi, mais demeuraient étrangères aux applications concrètes de la PNL. L’après-midi s’est poursuivie sur le registre du témoignage personnel, interpellant et même émouvant mais sans jamais aboutir à une transmission méthodologique claire sur l’utilisation de la PNL dans le traitement des problématiques post-traumatiques.
Une maîtrise limitée aux fondations historiques
Au cours de la journée, Franck Pucelik a abordé son utilisation du métamodèle du langage le matin, puis a longuement parlé l’après-midi de la calibration, de la synchronisation et des canaux sensoriels, le fameux VAKOG. Ces éléments ont constitué l’essentiel de ce qui a été évoqué en lien avec la PNL.
Ce qui s’est révélé plus troublant concerne sa réaction à une question portant sur l’intention positive derrière les addictions. Sa réponse a donné l’impression qu’il ne connaissait absolument pas cette notion d’intention positive, qui fait pourtant partie des présupposés fondamentaux de la PNL. Cette lacune suggère que Franck n’appréhende la PNL que par les dimensions du métamodèle et des registres sensoriels, c’est-à-dire probablement la partie de la PNL à ses tout débuts.
Cette observation soulève une question légitime : Frank Pucelik a-t-il suivi l’évolution de la PNL après les années Santa Cruz ? La discipline s’est considérablement développée et enrichie au fil des décennies, intégrant de nouveaux concepts, présupposés et méthodes. L’absence apparente de familiarité avec des notions devenues centrales dans la pratique contemporaine de la PNL interroge sur le maintien d’un lien actif avec le développement de la discipline.
Un contraste saisissant
Cette masterclass s’inscrivait dans un calendrier particulier : elle faisait suite à un webinaire réunissant successivement John Grinder et Richard Bandler. Le contraste entre ces deux interventions et celle de Frank Pucelik s’est révélé marquant. D’un côté, deux figures maîtrisant manifestement leur sujet ; de l’autre, une prestation qui a paru désynchronisée et peu assurée.
Une décision courageuse et responsable
Après concertation avec Frank, le séminaire a finalement été annulé le soir même, les organisateurs reconnaissant qu’il n’était pas au niveau attendu. Si des raisons personnelles ont pu affecter la performance de l’intervenant ce jour-là, les lacunes observées sur des concepts de base soulèvent néanmoins des questions plus profondes.
Il convient ici de saluer la démarche du CFIP. Chapeau d’une part pour avoir tenté de reprendre les choses en main dans l’après-midi, et d’autre part pour avoir eu le courage, face à l’échec de ces efforts, de prendre la décision d’annuler le séminaire. Cette attitude témoigne d’une démarche sérieuse et responsable de la part des organisateurs, qui ont su privilégier la qualité et l’intégrité de leur offre de formation plutôt que de maintenir coûte que coûte un événement qui ne répondait pas aux standards annoncés.
Quel rôle dans l’histoire de la PNL ?
Cette expérience m’a fait reconsidérer la place de Frank Pucelik dans la genèse de la PNL. Richard Bandler, et ce n’est pas étonnant, avait lui-même affirmé lors du webinaire du week-end précédent que seules deux signatures apparaissent sur le manuscrit original de “Structure of Magic”. Sans nier que Frank Pucelik ait pu jouer un rôle dans les premières années de développement de la discipline, cette masterclass n’a pas permis de démontrer une expertise qui justifierait le statut de co-créateur au même titre que Bandler et Grinder.
Il me semble plus juste de considérer que la PNL est le fruit de la rencontre exceptionnelle entre Richard Bandler et John Grinder, même si d’autres personnes, dont Frank Pucelik, ont pu contribuer de manière significative sans que cette contribution soit pour autant déterminante dans la création même de la PNL et surtout de son développement.
Cette clarification n’enlève rien à la valeur du parcours personnel de chacun, mais permet de maintenir une certaine cohérence historique et méthodologique nécessaire à la crédibilité de la PNL.








