Cet article entre dans le cadre d’une série d’autres qui vous permettent d’accéder aux trésors du magazine PNL Anchor Point, cette revue formidable qui, des années 1980 au milieu des années 1990, a documenté mois après mois la PNL en train de se faire : les modèles, les stratégies, les distinctions de l’époque des développeurs.
Anchor Point a disparu, et c’est dommage, car elle a joué un rôle essentiel : elle gardait trace de ce qui se cherchait, s’essayait, se transmettait.
Une bonne part de cette matière reste vivante aujourd’hui, à condition d’aller la rouvrir. C’est ce que cette série se propose de faire, numéro par numéro. Et nous abordons la stratégie d’orthographe que vous ne pouvez pas ne pas connaître si vous êtes initié·e à la PNL.
La stratégie d’orthographe a été décrite par Robert Dilts. Cette stratégie nous révèle qu’une personne avec une bonne orthographe ne « calcule » pas un mot, elle le revoit. Vous avez sans doute déjà fait expérimenté cette stratégie en formation, peut-être même installée chez quelqu’un.
On en trouve une première trace écrite dans Anchor Point, en janvier et février 1988, où Dilts la présente en deux volets — le modèle d’abord, les données de validation ensuite. C’est ce texte fondateur que nous reprenons ici comme point de départ.
Si nous y revenons, ce n’est pas par nostalgie d’archive. C’est parce que ce petit modèle, qu’on croit connaître, contient en miniature presque tout ce que l’on entend par stratégie d’apprentissage : une séquence interne, un test, une boucle de rétroaction, des sous-modalités qui font levier. Bien lu, il n’enseigne pas seulement à mieux orthographier. Il enseigne à voir comment fonctionne une compétence — et donc à en modéliser d’autres.
Reprenons-le donc à la base, puis élargissons.
Le point de départ de Dilts est un renversement. Demandez autour de vous pourquoi telle personne « est nulle en orthographe », et vous récolterez toujours les mêmes réponses : elle ne fait pas d’efforts, elle n’a pas la fibre, elle a sans doute un trouble de l’apprentissage. Trois explications qui cherchent la cause dans la personne, comme une propriété fixe. Pour Dilts, savoir orthographier ne dépend ni d’un « gène de l’orthographe », ni de l’intelligence, ni de la bonne volonté, mais d’une chose beaucoup plus précise et beaucoup plus utile : la structure de la stratégie mentale employée au moment où l’on écrit. Ce n’est pas qui vous êtes qui pose problème, c’est ce que vous faites dans votre tête. Et ce que l’on fait, on peut le décrire, le comparer, et le réapprendre.
Il parle d’expérience. Il raconte avoir lui-même souffert de difficultés en orthographe jusqu’à l’université, alors qu’il n’avait aucun mal dans les autres matières. C’est en appliquant la démarche de modélisation de la PNL à sa propre difficulté qu’il a fini par dégager une stratégie efficace — d’abord pour lui, ensuite pour des élèves de tous âges.
Deux personnes, deux programmes mentaux
L’observation qui fonde tout l’article est simple, et chacun peut la refaire. Quand on demande à de bons orthographieurs comment ils s’y prennent, on retrouve chez eux une grande régularité. La plupart lèvent les yeux vers le haut et la gauche au moment de chercher l’écriture d’un mot. En PNL, ce mouvement signale l’accès à une image visuelle remémorée. Ils ne calculent pas le mot : ils le revoient.
Interrogés sur la manière dont ils savent qu’un mot est correct, beaucoup répondent qu’ils n’en savent rien consciemment — « ça me paraît juste, ça a l’air bon ». Mettez sous leurs yeux un texte truffé de fautes, et ils vous diront que ça les met mal à l’aise de voir tout ça. L’image vient d’abord, la sensation de justesse suit. On tient là une petite séquence interne très nette : une image visuelle déclenche une sensation de familiarité, et c’est l’intensité de cette sensation qui fait la confiance.
Les orthographieurs en difficulté, eux, n’ont pas une stratégie : ils en ont plusieurs, et parfois ils en changent au milieu d’un même mot. D’où l’incohérence, l’effort, et la frustration. La plus répandue de ces stratégies consiste à décomposer le son du mot pour le reconstituer lettre à lettre — ce que l’on appelle la voie phonétique. Elle a son utilité, notamment pour tenter un mot jamais vu. Mais comme stratégie principale, elle se heurte à un mur : dans beaucoup de langues, et l’anglais en est le cas extrême, les mots ne s’écrivent pas comme ils se prononcent, et les exceptions ne suivent aucune règle sonore régulière. Essayer d’écrire un mot « à l’oreille » revient alors à utiliser un outil inadapté à la tâche, puis à se reprocher de ne pas y arriver.
Dilts pousse même la remarque plus loin : quand bien même une langue serait parfaitement phonétique, la voie visuelle resterait plus rapide et plus économique, parce que la vision traite l’information d’un seul coup là où le son se déroule dans le temps. Les correcteurs professionnels qu’il a interrogés ne lisent pas un texte en sonorisant chaque mot dans leur tête : ils balaient la page, et les fautes « leur sautent aux yeux ».
Le cœur du modèle : voir, puis sentir que c’est juste
Ce que Dilts décrit n’est pas une astuce, c’est un mécanisme de réglage. Il le formule avec la boucle TOTE — Test, Opération, Test, Sortie — c’est-à-dire la boucle de rétroaction qui tourne dans n’importe quel programme mental. Le test, ici, ne porte ni sur le son ni sur une règle apprise : il porte sur la synesthésie visuel → kinesthésique. On regarde l’image mentale du mot, on vérifie sa netteté, et l’on écoute la sensation de familiarité qui l’accompagne. Image claire et sensation forte : c’est juste. Image floue ou sensation absente : on retourne reconstruire l’image.
Cette boucle TOTE n’est pas une invention de la PNL. Elle vient des psychologues George Miller, Eugene Galanter et Karl Pribram, dans Plans and the Structure of Behavior (1960), avant d’être reprise par Bandler, Grinder et Dilts pour décrire les stratégies mentales. Ce qui fait tourner la boucle, c’est un déclencheur — un premier test qui la met à feu. C’est précisément le rôle de la sensation agréable que l’on convoque avant de regarder le mot : elle amorce la séquence du bon côté, du côté du confort plutôt que de l’effort.
C’est exactement ce qui distingue les deux populations. Le bon orthographieur ne « connaît » pas plus de mots ; il dispose d’un test interne fiable et stable. Le travail, dès lors, ne consiste pas à faire ingurgiter des listes, mais à installer ce test chez celui qui ne l’a pas encore.
Le protocole : installer la stratégie visuelle
Dilts propose une marche à suivre que l’on peut transmettre pas à pas. L’idée directrice : faire entrer le mot par les yeux, l’ancrer à une sensation agréable, puis vérifier la solidité de l’image en la lisant à l’envers.
- Placez le mot correctement orthographié sous vos yeux, là où vous le voyez sans effort.
- Fermez les yeux et convoquez une sensation familière et agréable. Quand elle est bien présente, rouvrez les yeux et regardez le mot. L’image va ainsi s’associer à une sensation positive — et non à l’effort ou à la contrariété que tant de gens ont fini par coller à l’orthographe. On retient spontanément ce qui s’accompagne d’un bon ressenti.
- Déplacez le regard vers le haut et la gauche, et reconstituez le mot dans votre œil intérieur.
- Regardez votre image mentale et écrivez les lettres que vous y voyez. Comparez à l’original. Si c’est faux, reprenez à l’étape 1.
- Regardez de nouveau l’image et épelez le mot à l’envers, de droite à gauche. Vérifiez. Si c’est faux, revenez à l’étape 3.
L’épellation à l’envers n’est pas un caprice : c’est le test de qualité de l’image. Sonoriser un mot à l’envers est presque impossible, parce que le son se déroule dans un ordre. Une image, elle, garde sa forme qu’on la parcoure de gauche à droite ou l’inverse. Si quelqu’un sait lire un mot à rebours, c’est qu’il en a vraiment une image nette en tête. Le détour par l’envers force ainsi le passage de la voie sonore à la voie visuelle, et déloge la vieille habitude. C’est là que se joue le vrai travail avec les adultes, qui doivent surtout désapprendre : l’ancienne stratégie de sonorisation se réactive toute seule. Dans Using Your Brain – for a Change (1985), Bandler décrit comment on peut « donner une direction » au cerveau pour qu’un même déclencheur mène ailleurs que vers l’automatisme indésirable ; l’épellation à l’envers fait exactement cela pour la sonorisation — elle lui coupe la route.
Dilts ajoute quelques appuis pour les images récalcitrantes : colorer le mot, faire ressortir les lettres difficiles en les grossissant ou en les éclaircissant, construire l’image par groupes de trois lettres, poser les lettres sur un fond familier, réduire la taille d’un mot long pour l’embrasser d’un coup d’œil, ou tracer les lettres dans l’air du doigt en les visualisant. Ces appuis ne sont pas des astuces décoratives : ce sont des réglages de sous-modalités, ces distinctions fines d’une image — luminosité, taille, couleur, netteté — dont Bandler montrera plus tard, dans son Insider’s Guide to Sub-Modalities, qu’elles commandent l’impact et la force de mémorisation d’une représentation. Rendre une lettre plus grande ou plus colorée, ce n’est pas jouer : c’est agir sur le bon levier.
Ce que ce modèle dit de notre métier
Cet article de 1988 vaut bien au-delà de l’orthographe, et c’est pour cela qu’il a sa place ici. Il met en scène, sur un cas minuscule et vérifiable, ce qui fait le cœur de notre pratique : on ne travaille pas sur le problème, on travaille sur la structure de l’expérience qui le produit.
Remarquez le déplacement. Tant qu’on reste au niveau du problème — « il faut réviser, redoubler d’efforts, apprendre ses listes » —, on propose une solution prête à l’emploi qui marche mal et qui culpabilise. Dès qu’on remonte à la structure — « quelle séquence interne cette personne déroule-t-elle, et quelle séquence déroulent ceux à qui ça réussit ? » —, le terrain change. On cesse de juger la personne, on observe son programme. Et un programme, ça se modélise et ça se réapprend.
Bandler le formule de façon directe dans Using Your Brain – for a Change : la capacité d’apprendre ne s’active pas quand on inonde quelqu’un de contenu, mais quand on lui enseigne le mécanisme — les structures et les séquences subjectives qui rendent l’apprentissage possible. C’est la même bascule que celle de Dilts, et c’est la nôtre. Inonder de listes, c’est rester au niveau du contenu ; installer le test visuel, c’est travailler la structure.
C’est aussi un bel exemple de ce que produit la modélisation : Dilts n’a pas inventé une méthode, il a observé ce que faisaient déjà ceux qui réussissaient, en a dégagé la structure, puis l’a rendue enseignable. Le bon orthographieur, lui, ne sait pas qu’il fait tout cela. Le modéliser, c’est rendre conscient et transmissible un savoir-faire qui était resté tacite.
Enfin, ce modèle rend la personne autonome. Une fois le test interne installé, l’élève n’a plus besoin du correcteur ni de la règle : il porte en lui de quoi vérifier. C’est très exactement la différence entre donner un poisson et apprendre à pêcher. Et c’est, en une page, ce que l’Atelier propose d’entraîner : la compétence à travailler au niveau de la structure, quel que soit le domaine.
À propos des sources : le point de départ de cet article est Robert B. Dilts, The NLP Spelling Strategy (deux volets, Anchor Point, vol. 2, janvier et février 1988) — le second volet présentait les données de validation de la stratégie. Le modèle est ici restitué et commenté, puis prolongé par d’autres ouvrages de la bibliothèque de l’Atelier : Richard Bandler, Using Your Brain – for a Change (1985) et Insider’s Guide to Sub-Modalities (avec Will MacDonald, 2008) ; Tad James, Strategies (1990), pour la filiation du modèle TOTE remontant à Miller, Galanter et Pribram, Plans and the Structure of Behavior (1960) ; John Seymour, NLP Modelling (2002). La mise en perspective est propre à l’Atelier PNL.








