En tant que praticiens PNL, nous sommes souvent confrontés à cette question fondamentale que nos clients se posent : “Qui suis-je vraiment ?”.
Ce questionnement existentiel, aussi ancien que l’humanité pensante, traverse les âges et les cultures.
Si la question est universelle, sa réponse, elle, demeure insaisissable.
Dans “Le Mythe de Sisyphe”, Camus évoque la figure de l’acteur d’une manière qui éclaire remarquablement notre rapport à l’identité.
Il est certain qu’apparemment, pour avoir vu cent fois le même acteur, je ne l’en connaîtrai personnellement pas mieux. Pourtant si je fais la somme des héros qu’il a incarnés et si je dis que je le connais un peu plus au centième personnage recensé, on sent qu’il y aura là une part de vérité
Cette intuition de Camus nous offre une clé précieuse : c’est à travers le prisme des identifications multiples, des rôles endossés, des appartenances revendiquées qu’une personne peut être appréhendée dans sa complexité mouvante.
L’acteur n’est jamais entièrement les personnages qu’il joue, mais ses personnages ne sont jamais complètement étrangers à lui non plus.
Chaque rôle qu’il interprète révèle une facette possible de son être, une potentialité expressive. De même, chaque identification d’une personne – qu’elle soit professionnelle, culturelle, familiale ou liée à ses passions – dévoile un aspect de son expérience subjective sans pour autant la définir entièrement.
Cette perspective camusienne nous invite à reconsidérer notre approche de l’identité dans notre pratique de la PNL.
L’identité n’est pas tant un contenu fixe qu’un contenant, un espace qui permet et accueille diverses identifications sans se réduire à aucune d’entre elles.
Quand un client nous demande de l’aider à “trouver qui il est vraiment”, nous pourrions l’inviter à explorer ses identifications – aux groupes auxquels il appartient, aux rôles qu’il joue, aux modèles qui l’inspirent, aux archétypes qui le touchent.
Cette approche offre une liberté profonde. Plutôt que de chercher une essence fixe et immuable, elle nous permet de reconnaître que nous ne sommes pas prisonniers d’une définition unique de nous-mêmes, mais libres d’explorer de nouvelles façons d’être, tout comme l’acteur peut incarner de nouveaux personnages sans jamais être réduit à un seul d’entre eux.
En PNL, cette perspective nous encourage à accompagner nos clients dans l’exploration et la conscientisation de leurs identifications multiples, à reconnaître celles qui les limitent et à cultiver celles qui les nourrissent, à adopter de nouvelles identifications enrichissantes et à lâcher prise sur celles qui ne leur servent plus.
La matrice de l’expérience, en ce sens, s’avère profondément camusienne.
En substituant aux “niveaux logiques” traditionnels une approche plus fluide et dynamique, elle rejette la notion d’une identité figée au profit d’un espace d’identifications multiples.
Ce choix conceptuel n’est pas anodin : il transforme notre pratique en libérant le changement personnel des contraintes d’une identité supposément immuable. Les identifications deviennent alors de puissants leviers de transformation, bien plus accessibles et malléables que la forteresse souvent intimidante de “l’identité”.
Comme l’acteur camusien qui trouve sa liberté dans la multiplicité de ses rôles, nos clients découvrent la leur dans la richesse de leurs identifications – non pas en cherchant qui ils “sont vraiment”, mais en explorant activement qui ils peuvent devenir.








