Ce que vous perdez en disant environnement au lieu de contexte

Christian Vanhenten - 21/02/2026

Quand on parle de la Matrice de l’Expérience — le modèle que j’ai développé comme alternative (ou extension selon vos affinités) au modèle des niveaux logiques (aussi appelée la pyramide de Robert Dilts) — la conversation tourne souvent autour de l’identité. Et c’est normal. Le passage du « je suis » fixe au « je m’identifie à » dynamique, les identifications multiples qui s’activent selon les situations, la Singularité comme espace de ce qui nous rend irréductiblement uniques — tout cela est assez différent d’un « niveau identité » unique au sommet d’une pyramide.
Mais il y a un deuxième déplacement dans la Matrice qui passe souvent inaperçu. Et il est au moins aussi important.
C’est le remplacement de l’environnement par le Contexte.


Pour ceux qui découvrent la Matrice : imaginez un cercle plongé dans un espace englobant. Le cercle est divisé en deux hémisphères — en bas, votre Singularité (ce que vous faites, savez, savez faire), en haut, vos Identifications multiples (parent, coach, manager, créatif…), enveloppé par vos Émotions, avec au centre un espace Méta d’observation réflexive. Le tout est traversé par un axe temporel. Et l’espace qui entoure ce cercle, c’est le Contexte.
Pas « en bas » d’une pyramide. Autour. Partout.
Ce n’est pas un réarrangement cosmétique. C’est une correction de fond. Et quand on regarde ce que la recherche en sciences cognitives, en systémique et en sociologie a produit ces cinquante dernières années, on découvre que ce changement de mot porte cinq propriétés que le terme « environnement » ne peut tout simplement pas capturer.


1. Le Contexte est englobant, pas subordonné

Dilts place l’environnement en bas de sa pyramide — le niveau le moins influent, celui qui « ne fait que » fournir le décor. Pourtant, Bateson — dont Dilts se réclame — affirmait l’exact inverse : « L’unité de survie n’est pas l’organisme, c’est l’organisme-plus-son-environnement. » Séparer les deux est une erreur épistémologique.
La théorie des holons (Koestler) dit la même chose autrement : nous sommes des touts autonomes qui sont simultanément parties de systèmes plus vastes. L’environnement n’est pas en dessous de nous — c’est le système dont nous faisons partie. Le Contexte de la Matrice reflète cette réalité en entourant tous les autres espaces, pas en se subordonnant à eux.

2. Le Contexte est structurant, pas passif

Christopher Alexander, l’architecte qui a inspiré le changement terminologique dans la Matrice, définit le contexte comme « la somme de tous les facteurs ayant un effet sur la forme » — pas un arrière-plan inerte, mais une composante active de ce qui émerge.
L’économie comportementale confirme : Thaler et Sunstein ont montré que l’architecture du choix — la manière dont les options sont présentées — influence systématiquement nos décisions. La disposition des plats dans une cafétéria change ce que les gens mangent. L’organisation d’un open space change ce que les gens produisent.
En coaching, c’est décisif. Quand un client dit « je n’arrive pas à être créatif », la question n’est peut-être pas dans ses croyances ou ses capacités. Elle est peut-être dans un contexte professionnel qui ne rend pas la créativité disponible comme identification légitime.

3. Le Contexte est bidirectionnel, pas unidirectionnel

Maturana et Varela ont démontré quelque chose de contre-intuitif : l’environnement ne transmet pas d’information à l’organisme — il le perturbe. Et c’est la structure interne de l’organisme qui détermine ce qu’il fait de cette perturbation. Un coup de pied dans une pierre et un coup de pied dans un chien ne produisent pas le même résultat — pas parce que le coup est différent, mais parce que la structure interne est différente.
Et la réciproque est vraie : la personne transforme son contexte autant que le contexte la transforme. Giddens appelle ça la « structuration » — les structures sociales sont à la fois le médium et le résultat de nos actions.
Le « niveau environnement » de Dilts est unidirectionnel : il est là, il influence, point. Le Contexte de la Matrice est un couplage dynamique à double sens.

4. Le Contexte est générateur d’identifications, pas simple décor

C’est probablement la propriété la plus importante pour les praticiens. Le Contexte ne se contente pas d’entourer la personne — il génère les catégories auxquelles elle peut s’identifier.
Un contexte professionnel de startup technologique valorise « décideur rapide », « disrupteur », « performer ». Une ONG humanitaire valorise « médiateur », « facilitateur », « personne à l’écoute ». Changez le contexte et vous changez les identifications disponibles — pas par magie, mais parce que le système social produit des communications, des attentes, des normes qui rendent certaines identifications possibles et d’autres marginales.
Bourdieu appelait ça l’habitus — ces dispositions incorporées, produites par l’exposition prolongée à des conditions d’existence spécifiques. Le contexte social se dépose littéralement dans le corps et l’esprit sous forme de manières de percevoir, penser, agir, sentir.
Et Bateson ajoutait une dimension négative : ce que le contexte ne rend pas disponible est tout aussi structurant que ce qu’il offre. Les identifications absentes, les possibilités fermées, les compétences non sollicitées — cette dimension invisible n’existe pas dans le modèle de Dilts.

5. Le Contexte est subjectivement configuré, pas objectivement donné

Le biologiste Jakob von Uexküll distinguait l’Umgebung (l’environnement objectif, le même pour tous) de l’Umwelt (le monde vécu, propre à chaque organisme). Une tique dans un jardin ne perçoit que trois signaux. Un chien en perçoit des milliers. Un humain en perçoit d’autres encore. Le jardin « objectif » est le même — les mondes vécus sont incomparables.
L’environnement de Dilts est un Umgebung — un décor objectif. Le Contexte de la Matrice est un Umwelt — un monde structuré par la personne elle-même, filtré par ses identifications, ses émotions, sa carte du monde. Deux collègues dans le même bureau vivent dans des Contextes différents.
Pour le coaching, c’est fondamental : cartographier le Contexte d’un client, ce n’est pas décrire objectivement sa situation. C’est explorer comment il vit cette situation — quelles identifications elle rend saillantes, quelles émotions elle déclenche, quelles possibilités elle ouvre ou ferme.


Ce que ça change concrètement

Quand vous passez d’« environnement » à « Contexte » dans votre pratique, trois choses se déplacent :
Le diagnostic s’élargit. Un problème présenté comme « interne » (manque de confiance, procrastination, syndrome de l’imposteur) peut être la manifestation d’un couplage personne-contexte dysfonctionnel. Le contexte ne valorise pas les identifications dont la personne a besoin, ou impose des identifications incompatibles avec sa Singularité.
Les interventions se diversifient. On ne travaille plus seulement « sur » la personne (changer ses croyances, développer ses capacités). On peut aussi travailler sur le couplage : modifier la perception du contexte, créer des micro-contextes favorables, identifier les identifications que le contexte rend disponibles ou indisponibles.
La responsabilité se redistribue. Le client n’est pas « défaillant » dans un environnement neutre. Il est en couplage structurel avec un contexte qui le perturbe d’une certaine manière — et qu’il perturbe en retour. Ni victime passive du contexte, ni maître absolu de son destin. Les deux à la fois. C’est plus juste, et c’est plus utile.


La Matrice de l’Expérience est souvent présentée comme un modèle qui révolutionne la question de l’identité en PNL. C’est vrai. Mais ce serait passer à côté de la moitié du chemin que de ne pas voir ce qu’elle fait au contexte. En le sortant du bas de la pyramide pour en faire le cadre structurant de toute l’expérience, elle rejoint — parfois sans le savoir initialement — six décennies de travaux convergents en cybernétique, biologie de la cognition, phénoménologie, sociologie et pensée complexe.
Un simple changement de mot. Cinq propriétés nouvelles. Et une pratique d’accompagnement qui ne peut plus être la même.

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