La Matrice de l’Expérience est une extension novatrice des modèle des niveaux logiques en PNL, offrant une vision plus dynamique et interconnectée de notre rapport au monde.
Parmi ses dimensions les plus fécondes figure l’espace des identifications, qui présente des parallèles saisissants avec la théorie du désir mimétique développée par le philosophe et anthropologue René Girard.
Le concept d’identification dans la Matrice de l’Expérience reconnaît que nous nous définissons largement à travers notre rapport aux autres, en nous identifiant à différentes classes de personnes dont nous adoptons les comportements emblématiques et la vision du monde collective. Cette perspective résonne profondément avec l’intuition fondamentale de Girard selon laquelle nos désirs ne sont pas autonomes mais empruntés à des modèles que nous imitons.
Girard nous montre que le désir humain est essentiellement triangulaire : il implique un sujet qui désire, un modèle imité, et un objet convoité.
Dans la Matrice de l’Expérience, nous retrouvons cette structure ternaire : l’individu (sujet), la classe de personnes à laquelle il s’identifie (modèle), et les attributs désirés (comportements emblématiques et vision du monde), qui peuvent également inclure des objectifs professionnels, des positions sociales convoitées, ou tout objet symbolisant la réussite dans un contexte donné.
L’espace des identifications capture ainsi précisément ce mécanisme fondamental par lequel nous forgeons notre identité à travers l’imitation des autres.
Le désir mimétique évolue selon Girard du simple désir d’appropriation (vouloir posséder ce que l’autre possède) vers un désir métaphysique plus profond (vouloir être comme l’autre). Cette distinction éclaire les différents niveaux d’identification que nous pouvons observer dans la Matrice : parfois nous adoptons simplement les comportements observables d’un groupe (niveau d’appropriation), tandis qu’à d’autres moments nous intégrons profondément leur vision du monde, leurs valeurs et leur manière d’être (niveau métaphysique).
La bidirectionnalité des identifications, point crucial de la Matrice de l’Expérience, trouve également un écho dans la théorie girardienne. Tout comme Girard démontre que le modèle peut devenir imitateur de son imitateur dans une réciprocité croissante, la Matrice reconnaît que l’identification fonctionne dans les deux sens : je m’identifie au groupe, et le groupe me reconnaît (ou non) comme l’un des siens, créant parfois des tensions productives.
La rivalité mimétique, concept central chez Girard, nous aide à comprendre certaines dynamiques problématiques dans l’espace des identifications. Lorsque deux personnes désirent la même position sociale, le même statut ou la même reconnaissance par imitation mutuelle, des conflits peuvent émerger. La Matrice de l’Expérience permet d’identifier ces situations et d’ouvrir des voies de transformation, en aidant les individus à reconnaître les identifications inconscientes qui alimentent ces rivalités.
Là où Girard voit dans le désir mimétique une source potentielle de violence qui nécessite des mécanismes culturels de régulation, la Matrice de l’Expérience offre une approche pratique pour transformer ces dynamiques. Elle propose un travail conscient sur nos identifications : quelles sont celles qui nous limitent ? Lesquelles nous enrichissent ? Comment pouvons-nous nous identifier de manière plus consciente et constructive ?
Cette convergence entre la théorie girardienne et la Matrice de l’Expérience n’est pas simplement théorique mais profondément pratique. Elle nous invite à examiner avec lucidité nos identifications, à reconnaître leur nature mimétique, et à développer une relation plus consciente et autonome avec nos modèles et nos désirs. Elle nous rappelle que notre identité n’est jamais entièrement “la nôtre”, mais toujours tissée d’influences et d’identifications multiples.
En intégrant cette perspective mimétique dans le travail avec la Matrice de l’Expérience, les praticiens en PNL et coaching disposent d’un outil puissant pour accompagner leurs clients dans l’exploration et la transformation de leur espace identitaire. Cette approche permet non seulement une meilleure compréhension des mécanismes profonds qui façonnent notre rapport au monde, mais aussi un chemin vers une authenticité qui, paradoxalement, passe par la reconnaissance lucide de notre nature fondamentalement imitative et relationnelle.








