Le Moi Secure et la Matrice de l’Expérience

Christian Vanhenten - 05/07/2025

Dans le cadre de ma recherche sur le modèle de la matrice de l’expérience, je teste la validité du modèle à l’aulne des modèles existants. L’idée sous-jacente est de démontrer que le modèle de la matrice de l’expérience est bien une évolution et non une rupture par rapport à la PNL telle qu’elle est connue et enseignée depuis, maintenant 50 années.

Un procédé PNL éclairant : Le Moi Secure

J’ai récemment découvert sur le WikiPNL(1) créé par Alain Thiry un procédé appelé “le moi secure”.

Ce procédé a été synthétisé par Alain Thiry dans le cadre d’une formation de maître-praticien PNL en 1990 à l’institut Ressources (Belgique) avec l’encadrement de David Gordon.
Intervenant au niveau de l’identité, ce procédé du Moi Secure guide les personnes vers la découverte du sens profond de leur existence en leur permettant de développer un concept de soi à la fois positif et stable.

Les fondements du procédé

Le processus s’articule autour de plusieurs étapes structurées :

L’appartenance à un tout plus vaste constitue le point de départ. Le praticien invite la personne à explorer sa représentation mentale de ce monde plus large auquel elle appartient – famille, communauté, pays, planète, univers – et la manière dont elle s’y situe.

L’élicitation de la mission suit ensuite, à travers l’exploration de trois expériences où la personne s’est sentie parfaitement cohérente avec elle-même. Cette analyse révèle des critères récurrents qui dessinent progressivement les contours d’une mission personnelle.

La méta-carte intègre ensuite cette mission dans la représentation du tout plus vaste, créant une vision unifiée de sa contribution au monde.

Le processus se poursuit par l’identification des qualités utiles à cette mission, le recadrage du passé pour y voir les apprentissages nécessaires, et enfin un pont vers le futur pour ancrer cette nouvelle compréhension.

Les qualités du procédé

Ce procédé aborde la question fondamentale du sens existentiel avec une méthodologie structurée. Son approche temporelle – passé, présent, futur – respecte la dimension narrative de l’identité humaine. Plus remarquable encore, il intègre d’emblée la dimension collective en situant la personne dans un ensemble plus vaste qu’elle-même.

Le modèle évite également l’écueil de la rigidité en précisant qu’il n’a pas de cadre temporel fixe et que la mission peut évoluer, témoignant d’une compréhension fine de la fluidité identitaire.

Un éclairage enrichissant : la Matrice de l’Expérience

Loin de constituer une critique de ce procédé, l’approche de la Matrice de l’Expérience offre un éclairage complémentaire qui en révèle toute la richesse tout en ouvrant de nouvelles perspectives.

La question de la mission revisitée

La notion de “mission” soulève des questions intéressantes lorsqu’on l’examine à travers le prisme de la matrice.

Qui assigne cette mission ?

Cette interrogation n’est pas anecdotique car elle touche aux présupposés philosophiques qui sous-tendent notre approche de l’identité.

Le procédé traditionnel semble présupposer une forme d’assignation externe – cosmique, divine, ou sociale – de cette mission. La Matrice de l’Expérience propose une perspective différente : plutôt qu’une mission assignée, elle reconnaît des élans inconscients qui émergent de l’interaction dynamique entre tous les espaces de notre expérience, créant des mouvements intérieurs que nous ne comprenons pas toujours mais qui nous orientent avec une justesse mystérieuse.

Cette reformulation présente plusieurs avantages. Elle préserve l’authenticité personnelle en ancrant la “mission” dans l’expérience vécue plutôt que dans une injonction externe. Elle maintient la fluidité adaptative nécessaire aux évolutions de vie. Enfin, elle évite la dépendance psychologique à une validation extérieure pour donner sens à son existence.

Cette perspective rejoint d’ailleurs la conception lacanienne du désir inconscient : celui-ci ne peut être directement connu puisqu’il est inconscient, mais nous le remarquons immédiatement quand nous nous en écartons. Plutôt que de “trouver sa mission” comme on résoudrait une équation, il s’agit de développer la finesse de perception pour sentir quand nous nous alignons ou nous éloignons de ce qui fait sens pour nous.

Cette approche transforme radicalement la pratique : au lieu de chercher à définir une fois pour toutes notre mission, nous apprenons à danser sur notre voie, en ajustement permanent avec ce chemin intérieur qui se révèle par touches successives, par résonances et dissonances, dans le mouvement même de l’existence.

Le “tout plus vaste” et l’espace des identifications

La notion de “tout plus vaste” trouve une résonance particulièrement riche dans l’espace des identifications de la matrice. Cependant, là où le procédé traditionnel semble chercher UN tout englobant, la matrice reconnaît la multiplicité de nos appartenances.

Nous appartenons simultanément à notre famille, notre profession, notre culture, notre époque, notre espèce, notre planète. Ces identifications multiples ne s’excluent pas mutuellement mais s’articulent de manière dynamique selon les contextes et les moments de vie.

Cette perspective enrichit considérablement le travail sur l’appartenance. Plutôt que de chercher le “bon” tout plus vaste, nous pouvons explorer la richesse de nos identifications multiples et la manière dont elles se nourrissent mutuellement.

Une intégration systémique

La force de la Matrice de l’Expérience réside dans sa vision systémique. Le sentiment de mission ou de sens n’émerge pas seulement de la relation à un tout plus vaste, mais de l’interaction harmonieuse entre tous les espaces de notre expérience.

L’espace émotionnel colore notre perception de cette mission – certaines nous “parlent” plus que d’autres parce qu’elles résonnent émotionnellement.

L’espace comportemental actualise cette mission dans nos actions concrètes, créant un feedback constant entre nos aspirations et nos réalisations.

L’espace du savoir – nos croyances et notre carte du monde – filtre et interprète nos expériences, donnant sens à notre parcours.

L’espace des capacités développe les compétences nécessaires à l’expression de cette mission.

L’espace contextuel module l’expression de cette mission selon les environnements et les époques.

L’espace méta – nos méta-programmes et méta-états – structure la manière dont nous traitons l’information relative à notre mission.

Vers une approche intégrée

La spiritualité comme qualité émergente

Une question légitime surgit : la Matrice de l’Expérience ne néglige-t-elle pas la dimension spirituelle que le procédé du Moi Secure semble vouloir adresser ?

La réponse révèle un présupposé hérité des niveaux logiques de Dilts : l’idée que la spiritualité se situe “en haut”. Le procédé du Moi Secure, comme les niveaux logiques, semble placer implicitement la dimension spirituelle au sommet d’une hiérarchie. Cela paraît évident, mais ne l’est pas du tout.

De nombreuses traditions spirituelles conçoivent au contraire la spiritualité comme résidant “à l’intérieur” ou “en profondeur”. Dans le soufisme, la divinité habite le cœur de l’être humain. Dans certaines formes de bouddhisme, l’éveil se trouve dans la nature profonde de l’esprit. Les mystiques chrétiens parlent du “château intérieur” de l’âme. Les traditions amérindiennes évoquent l’esprit qui anime toute chose de l’intérieur.

La Matrice de l’Expérience, par l’introduction de la dimension temporelle, offre une vision radicalement différente. Plutôt que de créer un espace séparé pour la spiritualité, elle la conçoit comme une qualité émergente de l’interaction harmonieuse entre tous les espaces. La spiritualité ne se situe pas “au-dessus” des autres dimensions mais les traverse toutes.

Plus profondément encore, cette dimension temporelle révèle la spiritualité comme une sorte de méta-identité qui englobe et dissout le temporel. C’est ce fil conducteur qui, au-delà des circonstances et des changements, dessine ce que nous appelons le destin – non pas comme fatalité mais comme cohérence émergente qui transcende les contingences temporelles.

Elle s’exprime dans nos identifications (appartenance à des traditions de sens), nos croyances (vision du sacré), nos émotions (expériences de transcendance), nos comportements (pratiques spirituelles), nos capacités (développement de la sagesse), et nos méta-états (conscience élargie).

Cette approche évite l’écueil de la compartimentalisation tout en reconnaissant pleinement l’importance de cette dimension.

Un processus enrichi

En intégrant les insights de la Matrice de l’Expérience, le procédé du Moi Secure pourrait s’enrichir de plusieurs manières :

Explorer les identifications multiples plutôt qu’un seul tout plus vaste, permettant une approche plus nuancée de l’appartenance.

Identifier les élans naturels qui émergent de l’expérience vécue plutôt que chercher une mission unique, préservant ainsi la fluidité et l’évolution personnelle.

Intégrer tous les espaces de la matrice pour créer une cohérence systémique plutôt que de se concentrer uniquement sur les aspects cognitifs et identitaires.

Reconnaître la dimension temporelle non pas comme une ligne droite vers un but fixe, mais comme un processus d’émergence continue de notre singularité.

Conclusion : La Matrice révélée par le miroir du passé

Cet exercice révèle combien il est fécond de questionner la Matrice de l’Expérience à travers le prisme d’un procédé antérieur. Le procédé du Moi Secure, loin d’être simplement “dépassé”, devient un révélateur qui permet de mieux comprendre les innovations conceptuelles de la matrice et d’illustrer sa pertinence pratique.

Cette confrontation nous montre que la matrice ne remplace pas les pratiques PNL existantes mais leur donne un sens nouveau. Elle offre un cadre conceptuel qui permet de comprendre pourquoi certains procédés fonctionnent, comment ils pourraient être enrichis, et surtout comment ils s’inscrivent dans une vision plus large et plus nuancée de l’expérience humaine.

La recherche de sens : un voyage à travers les espaces

Au final, la quête existentielle que le procédé du Moi Secure cherche à adresser peut être comprise comme un voyage à travers tous les espaces de la matrice :

Dans l’espace contextuel, nous cherchons les environnements qui nous nourrissent et nous permettent de nous épanouir. Dans l’espace émotionnel, nous développons notre capacité à ressentir ce qui fait écho en nous, cette finesse de perception qui nous guide vers ce qui a du sens. Dans l’espace comportemental, nous expérimentons concrètement nos élans et observons leurs effets sur le monde et sur nous-mêmes.

Dans l’espace du savoir, nous construisons une carte du monde qui donne cohérence à nos expériences et oriente nos choix. Dans l’espace des capacités, nous développons les compétences nécessaires pour actualiser ce qui nous anime. Dans l’espace des identifications, nous trouvons nos appartenances multiples qui nous situent dans le tissu du monde.

Et dans l’espace méta, nous cultivons cette méta-identité qui transcende le temps, cette conscience qui reconnaît la cohérence profonde de notre parcours au-delà des circonstances changeantes.

La recherche de sens n’est plus alors la découverte d’une mission fixe mais l’art de danser harmonieusement à travers tous ces espaces, en développant cette sensibilité qui nous permet de sentir quand nous sommes alignés avec ce mystérieux désir inconscient qui nous habite et nous guide.

Dans cette danse, chaque espace de la matrice devient une note dans la mélodie de notre existence, et le sens émerge non pas de l’une d’entre elles mais de leur symphonie.

(1) WikiPNL est un projet encyclopédique sur la Programmation Neuro-Linguistique  (PNL), sous la direction d’Alain Thiry.
Lien vers la page du modèle du moi secure


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