Lettre ouverte aux enseignants et coaches PNL
Chers praticiens, maîtres-praticiens et enseignants de la PNL,
Je m’adresse à vous aujourd’hui au sujet de certaines critiques que j’ai reçues concernant ma présentation de la matrice de l’expérience et son positionnement vis-à-vis des niveaux logiques de Robert Dilts.
Je souhaite partager avec vous ma réflexion suite aux nombreuses réactions reçues suite à la présentation du modèle de la matrice de l’expérience.
Une stratégie de communication assumée
Permettez-moi d’abord de reconnaître ouvertement que j’ai fait un choix délibéré en positionnant la matrice de l’expérience comme le modèle qui allait « détrôner » le modèle des niveaux logiques. Cette stratégie de communication visait à attirer l’attention sur les lacunes spécifiques que j’ai identifiées et auxquelles mon modèle apporte des réponses.
J’ai eu d’excellents retours sur le modèle proprement dit de la part de coaches qui ont une pratique professionnelle active, mais j’ai également reçu des réactions plus critiques, principalement de défenseurs du modèle établi. C’est à ces dernières que je vais m’adresser dans ce billet. Je comprends que mon approche ait pu paraître provocante, voire excessive dans sa forme.
Je vous invite cependant à dépasser cette première impression pour examiner le fond de ma proposition. Car derrière cette opposition apparente se trouve en réalité une démarche d’enrichissement et non de rejet.
L’illusion de la perfection originelle
En tant que maître praticien PNL, j’ai découvert les niveaux logiques comme tout le monde lors de ma formation. Très rapidement, j’ai perçu certaines lacunes dans ce modèle, lacunes relevées par plusieurs auteurs et notamment John Grinder.
Mais ce qui m’a le plus interpellé, c’est à quel point le modèle des niveaux logiques de Dilts est devenu un pilier incontestable (et incontesté) de la PNL, enseigné comme LE modèle fondamental de la PNL depuis des décennies (note 1: Michael Hall, NLP World).
Cette sacralisation tient en grande partie à l’admiration collective que suscite Robert Dilts dans notre communauté (la PNL en francophonie). Sa réputation, méritée par ailleurs, a créé un effet de halo autour de ses créations théoriques, les rendant pratiquement intouchables.
Ce phénomène est d’autant plus remarquable que je ne suis pas le seul à avoir identifié les lacunes de ce modèle. Comme évoqué ci-dessus, John Grinder et d’autres PNListes, enseignants comme développeurs) les ont également reconnues, mais toujours à la marge, sans jamais que ce modèle soit ébranlé dans sa position au sein du corpus de la PNL. Comme si la stature de son créateur rendait impossible toute remise en question substantielle, nous condamnant à des interprétations libres ou des ajustements périphériques qui ne résolvent pas les problèmes structurels du modèle.
La fausse dichotomie entre conservation et innovation
Que l’on me comprenne bien, je ne demande pas d’abandonner entièrement les niveaux logiques. Ce serait une erreur aussi grande que de refuser toute évolution. La matrice de l’expérience intègre et transcende le modèle de Dilts en corrigeant ses insuffisances tout en préservant sa valeur fondamentale.
Lors des retours que j’ai reçus en présentant la matrice de l’expérience, j’ai été frappé de constater à quel point le modèle des niveaux logiques contient des zones de flou qui permettent des interprétations diverses (surtout – mais pas que – en ce qui concerne le niveau de l’identité).
Ces ambiguïtés semblent souvent servir à contourner les lacunes intrinsèques du modèle plutôt qu’à les résoudre. Cette plasticité interprétative, bien que séduisante en apparence, pose un problème fondamental.
La PNL est avant tout un langage de précision conçu pour décoder la structure de l’expérience subjective et provoquer le changement en identifiant “la différence qui fait la différence”. Dans ce contexte, les modèles enseignés dans les formations PNL sont des échafaudages indispensables durant la phase d’apprentissage des PNListes. Ils structurent la pensée et guident la pratique pendant cette période critique d’apprentissage.
Avec l’expérience, les praticiens se libèrent progressivement de ces modèles pour développer leur propre pratique, plus fluide et intuitive. C’est précisément pour cette raison qu’il est crucial que ces fondations initiales, ces échafaudages sur lesquels nous construisons notre expertise, soient solides et précisément définis.
C’est l’un des objectifs principaux poursuivis par la matrice de l’expérience : offrir cette précision accrue qui fait défaut aux niveaux logiques. En clarifiant les dimensions qui composent notre expérience, la matrice permet un apprentissage plus efficace et une transition plus naturelle vers la maîtrise pratique.
La PNL a 50 ans et se doit de continuer d’évoluer. Comment évoluer si on s’accroche à des modèles, sans s’ouvrir au changement, à des variantes ou à des nouveautés ? Sommes-nous prêts à pratiquer ce que nous prêchons à nos clients ? Acceptons-nous d’appliquer à notre propre corpus PNL les principes d’évolution et d’adaptation que nous encourageons chez autrui?
Le coût caché du statu quo
J’entends souvent l’argument implicite : “Si nous acceptons ce nouveau modèle, cela signifie que nous nous sommes trompés pendant toutes ces années.” Cette crainte est compréhensible mais repose sur un malentendu.
Utiliser un modèle qui était le meilleur disponible à un moment donné n’était pas une erreur. Mais refuser aujourd’hui d’adopter un outil plus efficace par simple attachement au passé en serait une. Chaque jour où nous persistons à utiliser un modèle dont les lacunes sont connues alors qu’une alternative plus performante existe, nous privons nos clients et étudiants d’accompagnements potentiellement plus transformateurs.
Le paradoxe de l’attachement dans un domaine voué au changement
N’est-il pas paradoxal que nous, spécialistes du changement et de l’évolution personnelle, nous retrouvions parfois si fermement attachés à nos propres constructions mentales ? N’enseignons-nous pas que les cartes ne sont pas le territoire ? Que les modèles sont des approximations utiles mais jamais des vérités absolues ?
Je reconnais que le modèle des niveaux logiques n’est pas qu’un simple modèle ou outil pour beaucoup d’entre nous, c’est sa colonne vertébrale. C’est précisément pourquoi l’idée de le faire évoluer est si difficile à envisager, et pourtant si nécessaire.
L’éthique de l’amélioration continue
En développant la matrice de l’expérience, je me suis posé cette question fondamentale : quelle est notre responsabilité éthique envers ceux que nous accompagnons ou que nous formons ? Leur offrir ce que nous connaissons déjà, ou leur proposer ce qui pourrait être plus efficace, même si cela implique pour nous de sortir de notre zone de confort ?
Si nous prétendons servir le développement humain, alors notre engagement principal ne devrait-il pas être envers l’efficacité de nos méthodes plutôt qu’envers leur préservation historique ?
Et comment pourrions-nous évaluer si un nouveau modèle apporte une réelle amélioration si nous refusons de l’explorer, de le découvrir, de l’expérimenter ?
Le rejet a priori de toute innovation nous prive non seulement de potentielles avancées, mais aussi de la possibilité même de porter un jugement éclairé sur leur valeur.
Conclusion : Au-delà de l’opposition, vers l’intégration
La résistance que je rencontre n’est pas surprenante. Toute innovation significative provoque des réactions proportionnelles à sa portée transformatrice. L’histoire de la PNL s’est quelque peu figée au fil des décennies, ce qui lui a fait perdre progressivement son aura d’innovation et de rupture. Elle gagnerait aujourd’hui à s’ouvrir à une évolution qui, cette fois, est entre les mains non plus des pionniers qui ont pris de l’âge, mais de la génération des praticiens d’aujourd’hui.
On peut d’ailleurs légitimement se demander quelle est la véritable compétence d’un enseignant qui reste figé dans un programme de formation défini au siècle dernier. La PNL, qui prône l’adaptabilité et l’évolution chez ses clients, ne devrait-elle pas incarner ces mêmes qualités dans ses propres pratiques pédagogiques ?
La présentation de la matrice de l’expérience soulève une question fondamentale pour l’avenir de la PNL : s’il existe bien une structure de validation des enseignants et des contenus des programmes de formation, ce qui manque cruellement, c’est un espace d’exploration et d’incubation pour les innovations. Un laboratoire conceptuel où les nouveautés pourraient être librement explorées, testées et affinées. La présentation de ce nouveau modèle constitue d’ailleurs un premier pas concret dans la création de ce laboratoire de développement que j’appelle de mes vœux. Sans cet espace, comment notre discipline peut-elle espérer se renouveler et rester pertinente face aux défis contemporains ?
La matrice de l’expérience ne demande pas le rejet des niveaux logiques mais propose leur transcendance et leur inclusion dans un cadre plus complet. Elle honore le travail de Dilts tout en répondant aux besoins non satisfaits par son modèle original.
Je vous invite à examiner cette proposition non pas comme une menace à ce que vous connaissez, mais comme une opportunité d’enrichir collectivement notre pratique. Après tout, n’est-ce pas précisément ce que nous encourageons chez nos clients – la capacité à intégrer de nouvelles perspectives pour évoluer ?
Je reste ouvert au dialogue et à l’échange constructif sur ces questions fondamentales pour la PNL. J’invite chaleureusement les personnes intéressées par le développement de cet espace de recherche et d’innovation à me contacter pour poursuivre ensemble cette démarche d’évolution de nos pratiques.
Avec considération,
Christian Vanhenten
Créateur de la matrice de l’expérience
note 1 : The model of “Neuro-Logical” levels of Robert Dilts has so fully entered into the very fabric of NLP that most of us think about them when we think of “NLP” or “logical levels”
Michael Hall, Greater Flexibility Using the Other “Logical Levels”, NLP World, page 1








