Les leçons de Kuhn et Feyerabend
La notion de blasphème désigne à l’origine le fait de « parler mal de quelqu’un, injurier, calomnier » ; elle prend progressivement un sens plus restreint pour ne plus concerner que l’injure appliquée au fait religieux (source Wikipedia)
Cet article est une réflexion qui s’est développée en marge du développement du modèle de la Matrice de l’Expérience qui revendique de remplacer le modèle des niveaux logiques développé par Robert Dilts
Une analyse épistémologique
Le modèle des niveaux logiques de Robert Dilts est depuis longtemps considéré comme l’un des piliers fondamentaux de la Programmation Neuro-Linguistique (PNL). Sa remise en question suscite naturellement des réactions défensives au sein de la communauté PNL.
Si les résistances à un nouveau modèle – qui plus est prétend remplacer un modèle devenu la colonne vertébrale de la PNL – sont non seulement normales mais aussi prévisibles, il est essentiel de se pencher sur l’importance pour l’évolution de la discipline de l’émergence de nouveaux modèles.
La résistance naturelle au changement de paradigme
L’attachement au modèle établi
Le modèle de Dilts n’est pas simplement une théorie parmi d’autres ; il constitue un véritable paradigme au sens kuhnien du terme. Il structure de manière profonde l’ensemble de la pratique professionnelle. En effet, ce modèle détermine la façon dont les praticiens PNL conceptualisent leurs interventions, forge le langage utilisé dans la pratique quotidienne, influence les méthodes d’enseignement et de formation, et guide les protocoles d’intervention auprès des clients. Cette omniprésence explique pourquoi toute tentative de remise en question provoque des résistances. Les praticiens ont investi du temps, de l’énergie et des ressources considérables dans la maîtrise de ce modèle.
L’inertie institutionnelle
Les institutions de formation en PNL, les manuels, et les certifications sont tous structurés autour du modèle de Dilts. Un changement de paradigme impliquerait une transformation profonde de l’infrastructure pédagogique existante. Cela nécessiterait la réécriture complète des programmes de formation, une mise à jour substantielle des certifications, un investissement significatif dans la formation continue des formateurs, ainsi qu’une révision approfondie des supports pédagogiques.
L’inévitabilité du changement : Une perspective kuhnienne
L’accumulation d’anomalies
Selon Thomas Kuhn, tout paradigme finit par rencontrer des anomalies qu’il ne peut expliquer. Dans le cas du modèle de Dilts, plusieurs limites sont devenues évidentes au fil du temps, nous les avons examinées dans cet ouvrage (voir article à paraître “Critiques du modèle des niveaux logiques de Dilts”)
La crise paradigmatique
Nous sommes actuellement dans ce que Kuhn appellerait une période de “crise paradigmatique”. Les praticiens reconnaissent de plus en plus les limitations du modèle traditionnel, même s’ils continuent à l’utiliser faute d’alternative établie. Cette tension entre la reconnaissance des limites et le maintien des pratiques caractérise parfaitement la phase de crise décrite par Kuhn.
L’apport de Feyerabend : Vers un pluralisme méthodologique
Au-delà du paradigme unique
Heureusement, Paul Feyerabend vient rassurer les adeptes des niveaux logiques. Feyerabend nous rappelle qu’il n’est pas nécessaire de remplacer un paradigme dominant par un autre tout aussi dominant. Sa perspective nous invite à une approche plus nuancée et plus riche. Il suggère la possibilité de considérer la coexistence de plusieurs modèles, tout en valorisant la diversité des approches et en adaptant nos outils selon les contextes spécifiques d’intervention.
L’innovation par la transgression
Feyerabend souligne que les avancées majeures surviennent souvent en transgressant les règles établies. Le modèle de la matrice de l’expérience, en remettant en question la prédominance du modèle des niveaux logiques suit cette tradition d’innovation “contre-méthodologique”. Cette approche, loin d’être un défaut, représente au contraire une force potentielle pour l’évolution de la discipline.
Conclusion : Vers une transition consciente
La résistance au changement, bien que compréhensible, ne doit pas nous empêcher d’explorer de nouvelles perspectives. En comprenant les mécanismes épistémologiques à l’œuvre, nous pouvons aborder cette transition de manière plus consciente et constructive. Cela implique d’accueillir le changement avec conscience, de maintenir un esprit critique constructif, et de participer activement à l’évolution de notre discipline.
Le nouveau modèle proposé n’est pas simplement une alternative au modèle de Dilts ; il représente une opportunité de faire évoluer notre compréhension de la PNL. Comme nous l’enseignent Kuhn et Feyerabend, c’est précisément dans ces moments de rupture que les disciplines connaissent leurs avancées les plus significatives.
Implications pratiques
Pour les praticiens et formateurs en PNL, cette transition paradigmatique implique plusieurs défis et opportunités. Elle nécessite une période d’adaptation et d’apprentissage substantielle, accompagnée d’une ouverture aux nouvelles perspectives. L’importance du maintien d’une réflexion constructive entre les différents modèles ne peut être sous-estimée, tout comme la possibilité d’enrichir sa pratique par l’intégration de nouveaux outils conceptuels. La résistance au changement est naturelle, mais la conscience de ce processus nous permet de l’aborder de manière constructive et évolutive, contribuant ainsi à l’enrichissement continu de notre discipline.








