Le modèle des niveaux logiques de Robert Dilts a longtemps été considéré comme la “physique newtonienne” du coaching : un cadre simple, hiérarchique et efficace pour traiter des comportements ou des croyances dans des conditions normales. Cependant, face à la complexité de l’identité humaine, ce modèle atteint ses limites. La Matrice de l’Expérience propose une “relativité générale” de l’expérience humaine, offrant une extension nécessaire pour appréhender le sujet dans toute sa profondeur, en parfaite résonance avec la vision d’Edgar Morin.
1. Du décor passif au contexte co-organisateur
Dans le modèle de Dilts, l’environnement est relégué au bas de la pyramide, perçu comme un simple décor extérieur. À l’inverse, la Matrice positionne le Contexte comme un cadre englobant et structurant qui influence tous les autres espaces.
Cette approche rejoint le principe d’auto-éco-organisation de Morin : un être vivant ne peut être compris isolément de son milieu (oikos), car l’environnement est “co-organisateur et co-programmeur” de l’individu. Là où Dilts voit une influence descendante, la Matrice reconnaît, comme Morin, que notre singularité est indissociable de la marque des événements extérieurs.
2. De l’identité unifiée aux identifications multiples (Unitas Multiplex)
L’un des avantages majeurs de la Matrice est le passage d’une “identité” singulière et figée au sommet d’une pyramide à des identifications multiples et fluides. La Matrice distingue :
- L’espace de la Singularité : Ce qui rend l’individu irréductible (son faire, son savoir, son savoir-faire).
- L’espace des Identifications : Les multiples catégories collectives (parent, professionnel, etc.) auxquelles le sujet se rattache.
Cette structure incarne l’Unitas Multiplex morinienne : l’être humain est une “unité multiple” qui porte en lui la totalité du tissu social tout en restant singulier. Le sujet n’est plus une substance stable, mais un “point-carrefour” de processus en interaction permanente.
3. L’intégration de la flèche du temps et de la narration
Les niveaux logiques proposent une vision spatiale et statique (“photographique”) de l’individu. La Matrice, elle, introduit un axe perpendiculaire : la dimension temporelle. L’identité n’est plus un “niveau”, mais une propriété émergente et narrative.
Cet aspect fait écho au concept de récursion chez Morin. Pour lui, le passé, le présent et le futur ne sont pas linéaires mais circulent l’un dans l’autre. La Matrice permet ainsi de travailler sur le “fil narratif” qui relie les expériences passées aux aspirations futures, guidé par une boussole interne que la Matrice nomme le désir fondamental inconscient.
4. Circularité systémique vs Cascade hiérarchique
Le modèle de Dilts repose sur une cascade linéaire du haut vers le bas. La Matrice propose une organisation systémique et circulaire où chaque espace influence tous les autres simultanément.
On y retrouve la causalité complexe et la boucle récursive chères à Morin : les effets rétroagissent sur les causes, et le tout est à la fois plus et moins que la somme de ses parties. Le changement peut alors s’initier par n’importe quel point d’entrée (émotions, comportements, contexte) et se propager à l’ensemble du système.
Conclusion : Pour une PNL 2.0
En intégrant explicitement les émotions, l’espace méta (la conscience réflexive) et la circularité, la Matrice de l’Expérience ne remplace pas les niveaux logiques ; elle les transcende et les inclut dans un cadre capable de traiter l’hyper-complexité humaine. Elle offre ainsi aux praticiens les outils d’une “PNL 2.0”, fidèle à l’exigence de Morin de “relier” les savoirs pour mieux comprendre l’aventure humaine.







